Alors que la crise humanitaire prend de l’ampleur dans l’Est de l’Afrique, l’aide internationale demeure toujours limitée et ne parvient que très difficilement aux populations touchées, notamment en Somalie, où le pays est plongé dans un véritable chaos politique depuis 20 ans. Explications.
La Corne de l’Afrique connaît, depuis le début de l’année, sa pire sécheresse en 60 ans. Dans l’Est de l’Afrique, il n’est pas tombé une seule goutte d’eau durant la saison des pluies, d’avril à juin, depuis trois ans, rendant impossible toute irrigation des sols désertiques et donc toute production agricole. Dans un tel contexte, la rareté de la nourriture a fait grimper en flèche le prix des rares produits disponibles. C’est le jeu de l’offre et de la demande dans sa plus simple expression. L’inflation a même atteint les 165% en raison de l’impression excessive de billets pour financer les efforts de guerre, ce qui a fait chuter la valeur du shilling somalien.
En Somalie particulièrement, le climat désertique constitue un obstacle permanent à la production agricole et, à long terme, le réchauffement climatique en cours devrait amener des milliers de personnes à trouver refuge dans les pays voisins. Seulement en Somalie, « plus de 29 000 enfants de moins de 5 ans sont morts dans les 90 derniers jours dans le sud du pays », expliquait récemment Nancy Lindborg, de l’agence américaine USAid, au quotidien Le Monde.
Et c’est bien là, en Somalie, que se trouve l’épicentre de la crise humanitaire actuelle. C’est l’un des endroits les plus pauvres et les plus instables au monde. Le pays de près de 10 millions d’habitants est toujours en proie à une guerre civile, qui oppose des factions rivales depuis la fin de la dictature de l’ancien président Siad Barré, destitué en janvier 1991 par un coup d’État. Après plusieurs interventions militaires, un gouvernement de transition a été mis en place, mais tout n’est pas réglé. Aujourd’hui, le pays est scindé en deux. Il y a, au nord, le président Sharif Cheikh Ahmed, soutenu par une force de l’Union africaine et par la communauté internationale, et au sud, les rebelles islamistes shebab, ralliés depuis février 2010 à Al-Qaïda, qui sèment la terreur dans la capitale, Mogadiscio, où les forces gouvernementales peinent à assurer la sécurité de la population.
Voilà tout le problème. Les agences humanitaires ne parviennent pas à distribuer l’aide aux populations touchées. Des ententes à la pièce doivent être négociées avec les chefs islamistes afin d’éviter les pillages et les attaques dont sont fréquemment victimes les convois des ONG. Pour l’heure, plusieurs régions de la Somalie demeurent inaccessibles. L’ONU a bien instauré un pont aérien entre Nairobi, au Kenya, et Mogadiscio, mais la distribution sur le terrain accuse de sérieux retards. Entre temps, le nombre de victimes augmente à vue d’œil et les camps de déplacés et de réfugiés débordent.
L’ONU affirme que la famine se poursuivra au moins jusqu’à la fin de l’année en Afrique. Quant à la sécheresse, les prévisions à ce chapitre n’ont rien d’encourageant à moyen terme. Alors qu’on sait depuis janvier que la situation est dramatique dans le pays, c’est visiblement trop peu, trop tard pour l’aide annoncée.