Voter n’est pas un devoir de citoyen.
Les campagnes de sensibilisation à l’exercice du droit de vote, donc certaines sont probablement liées à des intérêts partisans, m’agacent de plus en plus. On y fait croire à la population, et aux jeunes surtout, que le vote est un devoir de citoyen. Je ne crois pas avoir entendu jusqu’à maintenant un de ces organismes dire la réelle nature du droit de vote.
Voter est un pouvoir de citoyen.
Le mensonge selon lequel le vote serait un devoir de citoyen découle de la propagande étatiste et sert à faire croire que les individus sont sous le pouvoir des gouvernements. Ainsi, chaque canadien serait un produit sous le contrôle du gouvernement fédéral dont la mission est d’assurer la survie financière de l’état. L’état, dans toute sa magnanimité, délèguerait certains pouvoirs à son bon peuple afin de les récompenser de payer leurs taxes et impôts.
Lorsqu’on accepte que le droit de vote est plutôt un pouvoir du citoyen, on accepte alors la conception d’un gouvernement comme étant un organisme sous le contrôle des citoyens qui gère les domaines que les individus ont désiré lui déléguer. Cette conception a l’avantage de considérer l’être humain avec encore un certain contrôle sur sa destinée.
Je préfère, et de loin, que les gens qui ont l’humilité d’admettre qu’ils ne suivent pas la politique, que la politique ne les intéresse pas , qu’ils ne se sentent pas concernés par les enjeux de la campagne ou qu’ils ne croient pas au pouvoir de leur vote s’abstiennent de voter plutôt que de voter Layton car il à l’air sympathique, Duceppe car il a les yeux bleus, Ignatieff car il a un accent sexy, Harper car il joue du piano, ou May car ils viennent de repeindre leur cuisine en vert.
Lorsqu’on vote « par devoir » alors que nous aurions préféré ne pas voter, nous envoyons de mauvais signaux à la classe politique. On envoie alors le message que nous sommes satisfait par les thèmes de la campagne, que notre opinion politique est bien représentée par au moins un des partis en liste, que la politique est importante à nos yeux. On incite les grands stratèges à ne rien changer, à ne pas faire plus d’effort pour venir nous toucher.
À dire vrai, l’abstention (ou l’annulation du vote) est bien plus pertinente qu’un vote pour le Bloc Québécois. Aucune des deux options ne permet de choisir qui formera le gouvernement. Ces deux options signifient que nous ne sommes pas représentés ou intéressés par les partis en place. De part et d’autre, on envoie comme message que nous acceptons de ne pas prendre position sur les programmes proposés et de ne pas en assumer la responsabilité. Même les souverainistes auraient bien plus de chances de faire avancer leur cause avec un gouvernement conservateur majoritaire qu’avec un Bloc Québécois surreprésenté à Ottawa. Un vote pour le Bloc est une abstention déguisée en vote courageux. C’est se pavaner avec les habits neufs de l’empereur, fait de tissus que seuls les gens intelligents peuvent voir.