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Quand nos élus n’écoutent pas le peuple

Le 29 juillet dernier, le SIAF voyait le jour. Vous pouvez maintenant “immatriculer” vos armes à feu, ce qui deviendra obligatoire d’ici un an, faute de quoi, un constat d’infraction pourra être émis et l’amende varie entre 500 et 5000 dollars.

Ce qui est le plus marquant, c’est l’opposition à cette loi qui s’est accentuée suite à la mise en vigueur du service d’immatriculation des armes à feu. Plusieurs personnes, qui étaient sur le mode passif, se sont mises en mode actif sur le net. Oui, plusieurs dormaient au gaz.

Sur la page Facebook de Martin Coiteux, on pouvait lire le mécontentement des internautes et ceux-ci s’en donnaient à cœur joie de dénigrer la position de l’actuel gouvernement face au SIAF. Je dois vous rappeler que monsieur Coiteux est le ministre de la Sécurité publique, donc le ministre responsable de l’implantation du SIAF.

Je dois aussi vous rappeler que les 125 députés ont voté en faveur du registre, sauf à sa version finale, ou 7 députés de la CAQ ont voté contre. Et bien sûr, la seule députée indépendante de l’époque, Mme Sylvie Roy qui avait quitté la CAQ et qui a déposé la pétition de 58 500 signataires contre le projet de loi 64, avait rejeté cette législation.

Cependant, ce vote libre au sein de La Coalition avenir Québec n’a aucunement fait changer sa position qui est favorable à un tel registre. Avec le fait que Sylvie Roy n’est plus à l’Assemblée nationale, nous sommes actuellement encore avec 125 députés favorables au registre alors que 58 500 personnes ont signé une pétition contre ce registre.

J’étais présent à l’Assemblée nationale lors du dépôt de la pétition. Cette pétition n’était pas la seule à être déposée. Nous pouvions voir les députés applaudir le dépôt de chaque pétition, bien sûr de façon partisane. Quand il est venu le temps de déposer la pétition contre le projet de loi 64, l’une des plus importantes en nombre de signatures, Mme Roy a fait son allocution et personne dans la députation n’a applaudi. On aurait pu entendre une mouche voler jusqu’à ce que deux personnes présentes dans l’auditoire, en l’occurrence Guy Morin et Dan Demers, se mettent à applaudir malgré les contres indications de la part de Mme Roy. Au moins il y eu quelques applaudissements.

Les lignes de parti sont les grandes responsables de ce déficit démocratique. Cependant, pouvons-nous abroger la liberté d’association afin de mettre fin à ce déficit démocratique?

La réponse est non. La liberté d’association est un droit selon la charte canadienne.

Pouvons-nous nous attendre à un virage à 180 degrés d’une formation politique sur cette question?

Les chances sont peu probables. Les partis politiques qui aspirent à “prendre le pouvoir” savent bien que le seul moyen d’y arriver est d’aller chercher des circonscriptions sur l’île de Montréal et ses environs, là ou la population est le plus favorable au SIAF et dont près de la moitié du Québec y vit.   De plus, les partis politiques ont tous intérêt à cultiver ce déficit démocratique qui fait en sorte de tasser volontairement le débat lors de la campagne électorale.

Alors, quels sont les recours des opposants au SIAF?

1- S’inviter dans la campagne électorale de 2018.

Vous rappelez-vous du travailleur qui avait apostrophé Jean Charest lors de la campagne électorale de 2007, l’accusant de ne pas avoir respecté ses promesses? Je crois que oui, du moins, moi je m’en rappelle très bien. L’image dégagée par ce travailleur a énormément nui au PLQ en 2007, ce qui lui fit perdre sa majorité à l’Assemblée nationale.

Un autre aspect à prendre en considération et qu’il faut promouvoir est le vote féminin. Habituellement, le vote féminin est plus élevé que le vote masculin. Depuis quelques années, nous avons pu constater un engouement des femmes pour le tir ou la chasse à l’arme à feu. Les fabricants l’ont compris et cela peut expliquer une présence de plus en plus remarquée d’articles féminins pour le tir à la cible ou la chasse. Remémorer constamment lors de la campagne de 2018 à nos élus que le vote féminin qu’ils convoitent est de plus en plus contre le registre est un incontournable. L’entreprise privée l’a vu, mais pourquoi nos élus ne l’ont-ils pas vu? Probablement que la rectitude politique est un facteur qui rend myope en politique.

2- Boycotter les députés et partis qui sont en faveur du SIAF.

L’actuelle législation électorale fait en sorte qu’une subvention est donnée au prorata du vote que reçoit une formation politique, selon le nombre de votants inscrits. Une annulation ou une abstention ne change rien car c’est au prorata que cette subvention est donnée. Des partis politiques tel que le Parti conservateur du Québec ou Équipe autonomiste, qui sont en défaveur du SIAF, n’attendent que votre vote afin de pouvoir financer une campagne de visibilité afin de se mesurer à armes égales. L’argent est le nerf de la guerre et couper les vivres aux partis en faveur du registre pour la donner à des partis contre est un bon moyen de les amener à réfléchir sur leur position.

De plus, la légitimité d’un gouvernement vient de l’appui que lui donne la population. Si une faible proportion de la population va voter, il devient moralement facile de contester la légitimité du gouvernement. Bien sûr que les vainqueurs auront un tout autre discours, mais si la légitimité d’un gouvernement est sans cesse contestée, celui-ci restera dans les câbles et son travail sera quasi impossible à faire. Si vos convictions sont contraire aux programmes de partis qui sont contre le registre, ne pas voter est une option, mais beaucoup moins efficace.

3- Attendre la décision de la Cour d’appel ou de la Cour suprême.

La Cour supérieure du Québec a validé la constitutionnalité d’un registre provincial des armes à feu. Cependant, la National Firearms Association fait appel et risque bien se présenter en Cour suprême en cas de défaite en cour d’appel. Acharnement? Non. À la demande du gouvernement albertain, La Cour suprême avait validé la constitutionnalité du registre fédéral en 2000 en allégeant que les dispositions relatives à l’enregistrement ne peuvent être retranchées de la loi sur les armes à feu, qui sont de juridiction fédérale. Le jugement de 2000 de la Cour suprême contredit celui de la Cour supérieure de 2017.

Imaginez la gifle que peut représenter une victoire juridique des opposant au registre alors que celui-ci est en place. Ce ne serait pas une gifle, mais un K.O. pour nos 125 solidaires du registre.

Si vos convictions sont en contradiction avec le programme des partis en défaveur du registre, il ne vous reste que l’aspect juridique, la désobéissance civile et de rester chez vous le jour du vote afin de contester le registre et ses contraintes.

Non, les élus n’écoutent pas en premier lieu leurs électeurs. Nous avons qu’à regarder les votes unanimes en faveur du registre et des quotas de vente de voitures électriques qui sont des enjeux ou la population n’est pas unanimement derrière leur gouvernement. Les élus votent en fonction de la ligne de parti, qui est dictée habituellement sur une optique générale plutôt que locale. La ligne de parti est le grand responsable de ce déficit démocratique et c’est à nous électeurs de passer le message en 2018. Ce n’est pas en restant assis devant votre téléviseur et en chialant devant celui-ci que vous pourrez changer quelque chose. Il est un peut tard pour se réveiller, mais il n’est jamais trop tard.

Photo archives La Presse canadienne