HomeInternationalLes armées modernes de l’ex-Pacte de Varsovie : République tchèque et Slovaquie

Les armées modernes de l’ex-Pacte de Varsovie : République tchèque et Slovaquie

Le Pacte de Varsovie

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est divisée géopolitiquement entre les Alliés occidentaux et l’Union soviétique. Unis dans la lutte contre l’Allemagne nazie, ils se retrouvent à couteaux tirés une fois que le menaçant IIIe Reich n’est plus. L’affrontement qui en découle, qui dure près d’un demi-siècle, n’est toutefois pas martial, mais plutôt idéologique. La Guerre froide oppose donc le capitalisme au communisme, l’Europe de l’Ouest à l’Europe de l’Est. Bien qu’aucun combat direct n’éclate entre les deux camps, ceux-ci se dotent tout de même d’armées puissantes dans les buts de se protéger d’une attaque ennemie et d’exercer une pression constante sur l’adversaire. C’est dans ce contexte qu’est signé le 14 mai 1955 à Varsovie le « Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle » (ou Pacte de Varsovie) entre l’URSS, l’Albanie, l’Allemagne de l’Est, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie ; des nations libérées par l’Armée rouge entre 1944-1945 et qui deviennent des États subordonnés à Moscou. Ce traité est une alliance militaire défensive contrôlée par l’URSS en réaction à deux évènements : la création de l’OTAN en 1951 et l’incorporation de l’Allemagne de l’Ouest à cette même organisation le 9 mai 1955. L’amalgame des différentes forces armées engendre une puissance militaire considérable pour le bloc communiste : environ 2 millions de militaires, 2 millions de réservistes, des dizaines de milliers de chars d’assauts, des milliers d’avions, etc. Cependant, cette titanesque alliance ne résiste pas à l’effondrement de son créateur et aux révolutions démocratiques qui secouent ses États membres. Le 1er juillet 1991, le Pacte de Varsovie est dissout et les anciennes Républiques socialistes rejoignent toutes l’OTAN entre 1999 et 2009.

Quel est donc l’état des forces armées des États de l’ex-Pacte de Varsovie? Nous proposons une série d’articles examinant les armées modernes de ces anciennes Républiques socialistes – à l’exception de l’armée allemande puisqu’elle existait déjà durant la Guerre froide et qu’elle absorba dans ses rangs les militaires de l’Allemagne de l’Est. Chaque article nous renseignera sur une ou des forces armées contemporaines ayant appartenu au bloc communiste. Nous débutons avec les armées de la République tchèque et de la République slovaque, deux États issus de la défunte Tchécoslovaquie.

La Tchécoslovaquie

La République socialiste tchécoslovaque de 1945 hérite d’un territoire largement industrialisé et d’un complexe militaro-industriel développé avant l’incorporation nazie forcée de 1938. En février 1948, le parti communiste tchécoslovaque fomente un coup d’État avec l’appui direct de l’Armée rouge, mettant ainsi Prague sous l’influence définitive de Moscou. Une soviétisation de l’armée s’effectue rapidement et l’Armée populaire tchécoslovaque devient un véritable pilier du Pacte de Varsovie, étant l’une des armées les mieux entraînées et équipées. La donne change subitement le 5 janvier 1968 lorsqu’Alexander Dubcek devient le premier secrétaire du parti communiste tchécoslovaque. Celui-ci entreprend plusieurs réformes politiques ce qui pousse Moscou à craindre un rapprochement Prague-Occident. L’URSS planifie sa riposte méticuleusement et recueille le soutien d’unités allemandes, bulgares, hongroises et polonaises. Du 20 au 21 août, ses contingents, pourtant des alliés de Prague, envahissent le territoire tchèque et renversent le gouvernement jugé trop libéral. S’ensuit une purge des officiers tchèques, une réorganisation des unités et un arrêt de l’envoi d’équipement militaire moderne de la part de Moscou. Du 16 novembre au 29 novembre 1989, un soulèvement populaire secoue la République socialiste tant éprouvée. La Révolution de velours sonne le glas du régime communiste tchèque. La transition démocratique s’opère dès lors et le 23 avril 1990 la République fédérale tchèque et slovaque voit le jour. Le 31 décembre 1992, cet État se divise pour créer, le lendemain, la République tchèque et la République slovaque.

L’armée de la République tchèque

Disposant d’un effectif d’environ 22,000 militaires, l’armée de la République tchèque intègre l’OTAN le 12 mars 1999. La conscription est abolie en 2004 laissant place à une armée de professionnels. L’armée tchèque est composée de deux branches, l’armée de terre et l’armée de l’air, qui sont appuyées par des unités de support. L’armée de terre détient 16,500 militaires répartis en deux brigades motorisées, huit unités de soutien et un groupe de forces spéciales. En terme d’équipement, elle dispose de 123 chars d’assaut – dont 83 sont en stockage en vue d’être vendus – 466 véhicules de combat d’infanterie, une centaine de véhicules de transport de troupes, quelques centaines de pièces d’artillerie. L’armée de l’air est formée de 5,500 effectifs et elle détient 82 aéronefs – 39 de combat, 17 de transport et 26 d’entraînement – ainsi que 47 hélicoptères – 17 de combat et 30 de transport. Les forces de support sont composées de la Garde frontalière et de 12 unités indépendantes de soutien au combat.

L’armée tchèque participe activement à plusieurs missions de maintien de la paix. Des contingents sont déployés en Afghanistan (FIAS), en Bosnie-Herzégovine (EUFOR), en République démocratique du Congo (MONUSCO), en Égypte et en Serbie (KFOR et UNMIK). La faiblesse principale de l’armée tchèque est son faible niveau de financement. Depuis la crise économique de 2007-2008, Prague a effectué plusieurs coupures financières dans le secteur militaire ce qui n’a pas empêché le Ministère de la Défense de déclarer un déficit budgétaire en 2011 d’approximativement 90 milliards de couronnes (environ $4,5 milliards US).

L’armée slovaque

L’armée slovaque est forte de 15,000 militaires. Elle rejoint l’OTAN en 2004 et elle devient une armée de professionnels lorsque la conscription est abolie en 2006. À l’instar de son voisin tchèque, l’armée slovaque est composée de deux branches. L’armée de terre dispose de 6,250 soldats affectés à deux brigades d’infanterie mécanisée et cinq unités de soutien au combat. Cette branche terrestre utilise 30 chars d’assaut, 240 véhicules de combat d’infanterie, une centaine de véhicules de transport de troupes et 68 pièces d’artillerie. L’armée de l’air détient 3,950 membres du personnel, 40 aéronefs – 20 de combat, neuf de transport et 13 d’entraînement – et 37 hélicoptères – 30 de combat et sept de transport.

La Slovaquie participe elle aussi à des missions de maintien de la paix, déployant ses soldats en Afghanistan (FIAS), en Bosnie-Herzégovine (EUFOR) et à Chypre (UNFICYP). L’armée slovaque fait face à deux problèmes majeurs : un faible niveau de financement, qui fait l’objet de multiples plans de réforme depuis 2010, et un équipement soviétique désuet.