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Le voile intégral: un marqueur idéologique

Le Conseil national des musulmans canadiens et Wardi Naili (Marie-Michèle Lacoste) contestent la prescription de la loi 62 nouvellement adoptée interdisant la prestation et la réception de services publics à visage couvert. Cette mesure, explique-t-on, serait discriminatoire et porterait atteinte à la liberté de religion. Elle serait islamophobe, source d’isolement et d’humiliation pour les « croyantes » arborant le voile intégral.

Encore une fois, on prétend que la croyance religieuse serait attaquée par cette disposition législative. Pourtant, il n’en est rien. La religion est utilisée ici à des fins hautement politiques puisque le voile intégral est promu par les idéologies politiques oppressives et rétrogrades que sont le salafisme et le wahhabisme. Ces idéologies cousines soutiennent en effet une conception de la société sous-moyenâgeuse fondée sur des rapports sociaux et économiques avilissants et asservissants pour les femmes. Leur priorité est avant tout de modeler le comportement de celles-ci dans un enfermement quasi esclavagiste, à l’abri du contact sociétal et du regard des autres hommes, prétendument pour les protéger.

La force des symboles idéologiques

De nombreuses femmes « niqabées » portent leur voile intégral par conviction militante, agissant comme porte-étendard de l’idéologie islamiste. D’autres femmes prétendent le faire par choix délibéré. À propos de ces choix dits personnels, il importe de rappeler que le test ultime de la force de toute idéologie se vérifie précisément lorsque ses dogmes et croyances sont « intériorisés » par les individus, s’imaginant les voir ressortir de leur for intérieur. C’est là l’effet miroir de l’idéologie, le signe et la preuve qu’une idéologie complète son œuvre de fermentation, d’endoctrinement.

À une certaine époque, le stalinisme a réussi à inculquer aux citoyens de l’URSS et des pays d’Europe de l’Est, ainsi qu’à une large portion de la gauche en Occident, l’idée que le modèle à suivre était l’URSS et que le « petit-père des peuples » était le sauveur des peuples opprimés contre l’impérialisme. À la gloire du nouveau tsar de l’URSS, on affichait fièrement le symbole de la faucille et du marteau, sur les drapeaux, casquettes et vêtements. À l’autre bout de l’axe idéologique, avec le nazisme, les « chemises brunes » donnaient le message; elles devenaient en elles-mêmes l’expression et le ciment de l’idéologie fasciste. Par la suite, la croix gammée et les autres représentations fascistes ont fait le reste. Ainsi, les symboles et codes vestimentaires deviennent des marqueurs sociaux. Chez les salafistes, le niqab est un véritable emblème.

Le voile et l’intégrisme islamique

Le port du voile islamique, symbole de ségrégation sexuelle, est prescrit aux femmes par les intégristes islamiques. L’idéal pour eux est que les femmes se cachent et intériorisent cette obligation du port du voile, qu’elles s’imaginent le porter de leur propre gré. Même par coquetterie! Cette logique intégriste est d’ailleurs ressortie avec violence en janvier 2015 lors du massacre au marché casher aux Portes de Vincennes à Paris. Alors qu’il tirait à bout portant et tuait lesdits « mécréants », Amedy Coulibaly, se réclamant de Daesh, vociférait « Vous avez dévoilé nos femmes!». En 1995, Boualem Bensaïd, militant du GIA algérien et complice de Khaled Kelkal dans l’attentat de la station St-Michel à Paris, déclara à peu près la même chose au moment de son arrestation : «Moi j’ai perdu, mais d’autres viendront, car ici nous sommes chez nous, vos femmes porteront le hijab, et on montera en Europe du Nord ».

Interdire le voile intégral, avec fermeté

Ce qui s’amorce, c’est une offensive salafiste visant à faire avaliser le bannissement des femmes de l’espace public, une opération honteusement cautionnée par une large proportion de la classe politique multiculturaliste et une certaine gauche complice de l’obscurantisme islamiste. Pourtant, l’interdiction du voile intégral, pour la prestation et la réception des services publics au Québec, devrait s’imposer comme une nécessité, comme une exigence incontournable. Elle devrait être obligatoire, sans aucune possibilité d’accommodement religieux, puisque cette tenue oblitérante et sectaire ne consiste pas en un signe religieux. Elle n’est rien d’autre qu’un symbole idéologique contraire à la démocratie, à la préservation de l’égalité homme femme, à la dignité des femmes, à l’impérieuse obligation sociale de communication dans une société libre et démocratique. Ces principes, bien plus que l’argument de la sécurité, devraient être invoqués. C’est ce qu’a d’ailleurs souligné en juillet dernier la Cour européenne des droits de l’homme dans un jugement avalisant la loi belge de 2011 bannissant le voile intégral dans tout l’espace public. Bien sûr, le Québec ne va pas jusque-là pour le moment et les prescriptions de la loi 62 sont somme toute minimalistes. Par contre, les Québécoises et Québécois ont raison de refuser le voile intégral dans les organismes publics. L’État n’a pas à être le vecteur d’influence de l’islamisme dans les institutions ni l’imprimateur de pratiques idéologiques dégradantes. En cas d’échec au palier judiciaire, le gouvernement québécois devrait d’ailleurs utiliser en toute légitimité les clauses dérogatoires des chartes canadienne et québécoise pour faire prévaloir sa vision démocratique du “vivre ensemble”.

 

 

 

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Politologue Chargé de cours / UQAM