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Andrea Bacon-Therrien
Ancienne réserviste fantassin, préposée aux bénéficiaires, étudiante au BAC en Sciences Politiques à l'UQAM, activiste environnementale, bénévole à Greenpeace, marraine à Plan International

Le Royaume-Uni post-COP23 – Partie 2 : Est-ce vraiment viable?

Quelle est la situation du charbon au Royaume-Uni, exactement? Est-ce que la décision de l’arrêt du charbon traditionnel à la COP23 représente vraiment un changement important pour le Royaume-Uni? Et comme mentionné dans mon article précédent, est-ce qu’il s’agit d’une décision réaliste ou bien s’agit-il d’une autre promesse qui risque de s’envoler avec le temps par faute de réalisme? Pour cela, il faut comprendre que le Royaume-Uni dépend encore du charbon traditionnel pour produire une partie de son électricité, mais la tendance vers la fin de cette dépendance au charbon semble s’être entamée depuis plusieurs années déjà. Pour nous donner une idée, regardons cela d’un peu plus prêt. Premièrement, le charbon était encore utilisé pour 20% de l’électricité en 2013, comparativement à 31% en 1990. D’un autre côté, les énergies renouvelables ont connu une croissance d’uniquement 4% entre 1990 et 2013, étant passé de 1% à 5% seulement. Si nous regardons la quantité de charbon transformé, en milliers de tonnes, nous pouvons voir une forte diminution depuis les années 1990. En effet, la transformation de charbon pour générer de l’électricité était à l’ordre de 48 588 milliers de tonnes en 1998; ce chiffre était de 47 741 en 2002; de l’ordre de 39 681 en 2009; de 38 234 en 2014[1]. Ainsi, le fait qu’une diminution relativement minime dans les années 90 aurait impacté de 20% les émissions du pays prouvent que la pente qu’a choisi le Royaume-Uni de continuer de diminuer son utilisation de charbon semble donner de bons résultats. En 2015, ce chiffre est passé à 29 330, et à 12 058 en 2016.[2] Donc, il y a réellement une diminution importante de la transformation du charbon comme source traditionnelle d’énergie, bien qu’il ne s’agisse pas d’un arrêt total de la production comme prévu préalablement en 2015.

Dans le rapport de 2015, l’OCDE pointait le fait que le Royaume-Uni a fermé plusieurs de ses anciennes usines de charbon et avait l’intention de fermer les usines restantes d’ici la fin 2015 en précisant qu’il avait tout de même l’intention d’ouvrir de nouvelles usines plus performantes (donc il ne s’agissait pas d’un réel arrêt, bien que le Royaume-Uni n’avait pas de plan de rechange malgré ses bonnes intentions) Il y avait des préoccupations à savoir si le Royaume-Uni allait parvenir à subvenir à ses besoins en énergie car il ne semblait pas avoir de plans pour aller rechercher l’énergie perdue par la fermeture de ses centrales. De ce fait, l’OCDE a proposé dans ce même rapport que le Royaume-Uni se concentre sur la croissance verte, en relançant l’investissement pour continuer les progrès au niveau énergétique. Le Royaume-Uni était en 2015 plus bas que la moyenne des pays de l’OCDE en termes d’énergie renouvelable bien qu’il concède y avoir une rapide augmentation de l’énergie renouvelable depuis 2007 (Soyons honnête, dire qu’il s’agit d’une rapide augmentation est un terme modeste et quelque peu flatteur pour le pays). Malgré ce fait, le Royaume-Uni était le pays de l’UE ayant la plus grande proportion d’énergie renouvelable à partir d’éoliennes. Quand même.

La décision du Royaume-Uni lors de la COP23 est donc plus une continuité de son combat contre le charbon, bien que nous puissions nous dire que, dans un sens, son objectif se voit reculer de 10 ans comparativement à son plan initial de 2015. De plus, la décision prise à la COP23 ne prend en compte, à ce que nous savons, uniquement du charbon traditionnel utilisé pour produire de l’énergie. Ainsi, nous ne pouvons qu’attendre les futures actions du pays afin de déterminer si sa politique contre le charbon affectera ses exportations ainsi qu’une partie de son économie vis-à-vis du charbon car si le Royaume-Uni décide d’effectivement coupé les vives en terme de son industrie du charbon, en dehors de son charbon utilisé pour l’électricité, il devra avoir préalablement un certain accord de ses partenaires économiques, situation tout de même précaire présentement en raison de la faiblesse de l’économie britannique avec le brexit : « Il semblerait que tout pays qui souhaitera innover dans sa politique d’environnement devra auparavant obtenir l’aval de ses principaux partenaires commerciaux[3] ».

 

[1] Department for Business, Energy & Industrial Strategy (2012-2017). Coal: commodity balances (DUKES 2.1-2.3), [document excel], U.K Government. https://www.gov.uk/government/statistics/solid-fuels-and-derived-gases-chapter-2-digest-of-united-kingdom-energy-statistics-dukes

[2] Idem.

[3] OCDE (1997). Mondialisation économique et environnement, Les éditions de l’OCDE, Paris, p.9