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Le Royaume-Uni post-COP23 – Partie 1: Arrêter le charbon pour un meilleur avenir

Le 11 octobre dernier à Londres, Claire Perry et Michael Gove rencontraient Catherine Mckenna pour une rencontre entre le Canada et le Royaume-Uni concernant les politiques environnementales des deux pays. Durant cette réunion dédiée aux moyens possibles pour le Royaume-Uni et le Canada d’agir au niveau international pour la lutte contre les changements climatiques, ils ont abordé le choix du Royaume-Uni d’éliminer progressivement l’utilisation de charbon à des fins de production d’électricité d’ici 2025. Dans le résumé de la rencontre, il n’est pas précisé si cela compte aussi les mines et l’exportation de charbon, ce qui peut être perçu comme une faille dans le plan du Royaume-Uni, surtout considérant le fait que le Royaume-Uni avait déjà l’intention en 2015 d’éliminer son utilisation de charbon. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle politique environnementale du Royaume-Uni, mais plutôt une ratification d’un de ses anciens objectifs qui peut être une preuve de son engagement post-brexit au niveau environnemental. De plus, le fait que cette réunion a pris place avant la COP 23, qui s’est terminée en mi-novembre, prouve une certaine collaboration internationale entre les deux pays dans le but de trouver des moyens d’application pour l’Accord de Paris. Certes, la conférence de Brunn a la critique de n’avoir avancé que de très peu l’application de l’Accord de Paris[1], mais nous pouvons avancer le fait que la collaboration entre le Canada et le Royaume-Uni relève d’une tentative de leadership, peut-être, pour redorer l’image qu’avait le Royaume-Uni comme leader environnemental lorsqu’il faisait partie intégrante de l’UE (le retrait officiel n’étant appliqué qu’en 2019).

Un des points forts qui ressort de cette conférence est l’alliance entre plusieurs pays contre l’utilisation traditionnelle du charbon, décision qui peut être mis en lien avec la réunion du 11 octobre entre le Royaume-Uni et le Canada : « Plus de 20 pays, dont le Royaume-Uni, le Canada, la France, la Finlande et le Mexique, ont ainsi lancé une nouvelle alliance mondiale sur le charbon visant à éliminer rapidement le charbon traditionnel et à mettre en place d’un moratoire sur les nouvelles centrales au charbon traditionnelles sans capture et stockage du carbone.[2] » Ainsi, le Royaume-Uni semble prendre une direction de leader environnemental, ou du moins semble vouloir redorer cette image maintenant sans la présence des contradictions constantes au sein de l’UE, mais quel est le véritable portrait du charbon au Royaume-Uni? Est-ce que cette décision est réaliste dans le contexte industriel du pays? Est-ce que l’arrêt progressif de l’utilisation du charbon traditionnel risque d’avoir un impact important sur l’économie du pays? Et d’une manière indirecte, est-ce que cette politique pourrait diminuer la pollution de l’air présente au Royaume-Uni, et ainsi atteindre les objectifs lancés par l’UE sur la qualité de l’air? C’est ce que nous tenterons d’évaluer.

L’un des avantages du retrait du Royaume-Uni dans l’UE concerne le fait que le pays pourra avoir une plus grande autonomie internationale, bien qu’au niveau économique le Royaume-Uni ne retire presqu’aucun bénéfice à court terme, encore moins en environnement, même que l’une des préoccupations liées au brexit réside dans la politique environnementale du Royaume-Uni post-Brexit. En effet, l’UE avait en soit une influence contraignante sur les politiques environnementales du Royaume-Uni, qui est fortement critiquée ses dernières années pour la pollution de l’air. En effet, l’UE imposait certaines réglementations au Royaume-Uni en termes d’environnement, particulièrement au niveau des politiques environnementales du Royaume-Uni. Baskut Tuncak, un rapporteur de l’ONU pour les droits de l’homme, s’inquiète particulièrement de la situation de la pollution de l’air post-Brexit, expliquant que l’UE européenne imposait au Royaume-Uni un niveau de qualité de l’air que le Royaume-Uni ne pouvait que difficilement atteindre. Ceci dit, une grande inquiétude concerne le fait que le Royaume-Uni pourrait peut-être profiter du retrait de l’UE pour se départir de ses responsabilités environnementales, ce qui ne semble pas être le cas suite à la COP 23. Or, le Royaume-Uni devra faire preuve d’innovation et de détermination pour prouver à la communauté internationale qu’il peut suivre ou même dépasser les attentes environnementales fixées préalablement par l’Union européenne, et par le pays en soi.

Sur une note plus positive, les craintes concernant le relâchement du Royaume-Uni au niveau de la réglementation environnementale, tel que craint par Baskut Tuncak, va au contraire des politiques environnementales britanniques du 21e siècle. En effet, Sir David King a déclaré en 2004 que « […] la menace du changement climatique était plus sérieuse, pour l’avenir de la planète, que celle du terrorisme.[3] » C’est une affirmation tout de même très claire, et même que Tony Blair a fait en sorte de démontrer cette position de manière très prononcée lors de sa présidence, autant au niveau du G8 qu’au sein de l’UE. De plus, la qualité de l’air est depuis longtemps mis en corrélation avec l’utilisation de polluants atmosphériques tels que le charbon, donc un arrêt du charbon traditionnel de la part du Royaume-Uni aurait un impact direct sur la qualité de l’air du Royaume-Uni. Ceci étant dit, le Royaume-Uni avait dépassé en 2003 son objectif de réduction de GES fixé par le protocole de Kyoto de 14% au lieu de 12,5%. Mais bien que le Royaume-Uni ait atteint son quota concernant le protocole de Kyoto, il reste tout de même que le pays est fortement industrialisé et que les efforts mis pour une production d’énergie plus saine n’est peut-être pas aussi développée qu’elle le devrait. En effet, loin d’être encore optimale, en 2013, le taux d’énergie produite à partir de sources renouvelables n’était que de 5%, un chiffre bien bas comparativement à leur plan initial des années 2000. Peut-être que le brexit pourrait avoir un effet positif sur la politique environnementale du Royaume-Uni, en, au contraire des prédictions, poussant le pays à prendre une direction différente autant pour son économie que pour l’environnement. Néanmoins, les discussions auxquelles le Royaume-Uni a fait partie en fin d’année pourraient peut-être porter un certain éclairage sur la direction qu’il va choisir à partir de 2019. D’une manière optimiste, nous pouvons dire que le Royaume-Uni peut encore nous surprendre sur bien des plans, mais la partie est loin d’être gagnée en matière d’énergies renouvelables.

 

 

[1] SCIGACZ Marie-Adélaïde (2017). Climat : ce qu’il faut retenir de la COP23, la conférence de l’ONU qui vient de s’achever en Allemagne, Franceinfo, [en ligne]. https://www.francetvinfo.fr/politique/conference-environnementale/climat-ce-qu-il-faut-retenir-de-la-cop23-la-conference-de-l-onu-qui-vient-de-s-achever-en-allemagne_2474132.html

[2] CIRIDD. COP23 : la Conférence de l’ONU s’achève sur la nécessité d’une plus grande ambition dans la lutte contre le changement climatique, Médiaterre, [en ligne]. https://www.mediaterre.org/actu,20171124081900,1.html

[3] Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (2007). Vision sur le changement climatique au Royaume-Uni, La France au Royaume-Uni : Service Enseignement Supérieur, Recherche et Innovation, [en ligne]. https://uk.ambafrance.org/Vision-sur-le-changement

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Ancienne réserviste fantassin, préposée aux bénéficiaires, étudiante au BAC en Sciences Politiques à l'UQAM, activiste environnementale, bénévole à Greenpeace, marraine à Plan International