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Le Québec : Paradis de la cruauté animale

Cette semaine, des milliers d’animaux de compagnie seront abandonnés en raison des déménagements et se retrouveront dans les refuges ou carrément à la rue. En 2010, à la SPCA de Montréal, plus de 4700[1] animaux ont été abandonnés, suite aux déménagements du 1er juillet. Ce chiffre fait parti du désolant tableau québécois où on estime que chaque année, environ 500 000 animaux sont abandonnés[2]. Ces chiffres sont pour la plupart méconnus du public puisque le Québec est peu sensibilisé au sujet de la maltraitance animale.

Le Québec est reconnu mondialement comme étant le paradis de la cruauté chez les animaux. L’an dernier, l’organisme américain Animal Legal Defense Fund a publié un rapport sur les différentes législations des provinces canadiennes en matière de protection animale. Le Québec se retrouve en avant-dernière position et elle est suivie par le Nunavut, considéré comme la pire juridiction territoriale pour le bien-être des animaux[3]. En théorie, au Québec, le Code criminel canadien ainsi que la Loi sur la protection sanitaire des animaux sont applicables. Mais en pratique, ces deux lois ne sont pas utilisées efficacement. Le Code criminel prévoit des sanctions allant jusqu’à l’emprisonnement jusqu’à concurrence de 5 ans lorsqu’un acte criminel est perpétré sur un animal, ainsi que des amendes allant de 5000$ jusqu’à 10 000$. Le Code prévoit également l’interdiction de posséder des animaux jusqu’à une période de 5 ans.

Malgré le fait que la loi provinciale n’offre aucune sanction pénale, elle impose tout de même des amendes allant de 200$ jusqu’à 3 600$. Elle prévoit aussi l’interdiction de posséder un animal durant 2 ans[4]. Malheureusement, il est très rare que ces sanctions soient appliquées. Depuis 2013, le ministère de l’Agriculture, de la Pêcherie et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) détient le mandat des inspections en ce qui a trait au bien-être et à la sécurité animale. Auparavant, ANIMA-Québec, un organisme non-gouvernemental, détenait ce pouvoir d’inspection, mais avisait à l’avance les animaleries de leur prochaine visite, ce qui rend l’aspect fautif quasi inexistant et la visite ridiculement inutile. Par contre, cet organisme souffrait d’un manque flagrant en inspecteurs n’ayant, en 2008, que six inspecteurs pour couvrir toute la province de Québec. Maintenant, la MAPAQ offre environ 200 inspecteurs[5]. Toutefois, ils sont affectés aux diverses inspections de la MAPAQ et ne sont pas tous formés en bien-être et sécurité animale. Seulement deux des anciens inspecteurs d’ANIMA-Québec font maintenant partis de ces 200 inspecteurs.

Ce manque d’inspecteurs contribue à enrichir et à faire grandir les usines à chiots qui représentent un problème peu connu au Québec. En règle générale, les usines à chiots ont pour objectif de réaliser le plus de profit possible en produisant le moins de dépenses possible. Afin de réaliser ces objectifs, les propriétaires d’usines à chiots possèdent plusieurs chiens et les forcent à se reproduire dans des conditions le plus souvent insalubres. Le bien-être des animaux ne préoccupe pas du tout ces propriétaires. Dans ces usines, on retrouve des centaines d’animaux entassés dans de petites cages, souffrant de malnutrition et privés de soins vétérinaires.  Ensuite, ces chiens «de races» sont vendus à des animaleries, à des individus directement de l’usine ou via des annonces publicitaires. Ces usines à chiots sont illégales et ces chiens ne sont pas de race pure, aucun certificat n’est délivré pour certifier leur authenticité lors de leur adoption. Au Canada, le seul certificat valide provient du Club Canin Canadien.

L’une des façons d’éliminer les usines à chiots au Québec serait tout simplement d’imposer l’interdiction de la vente d’animaux dans les animaleries. Depuis 2011, cette mesure est valide dans la ville de Toronto. De cette façon, la ville encourage l’adoption des chats et chiens par l’intermédiaire des refuges et des éleveurs reconnus par le Club Canin Canadien. Au Canada, plus de 90% des animaux dans les animaleries proviennent des usines à chiots. Uniquement au Québec, on retrouve plus de 2 200 usines à chiots regroupant un total estimé à 400 000 chiens[6]. L’interdiction de la vente d’animaux dans les animaleries signifierait automatiquement l’arrêt des usines à chiots. Dans la province de Québec, les villes ne possèdent pas les pouvoirs légitimes pour interdire la vente d’animaux en animalerie, cette décision revient au gouvernement du Québec. Également, afin de cibler les contrevenants qui perpétuent la vente d’animaux par l’entremise des annonces publicitaires, la MAPAQ doit impérativement augmenter le nombre d’inspecteurs. Il serait aussi intéressant que le gouvernement du Québec s’inspire de notre voisin, l’Ontario, où les policiers détiennent un pouvoir d’application de la loi sur le bien-être et la sécurité des animaux. Alors, il est plus facile pour les citoyens de porter plainte et signaler les abuseurs d’animaux pour qu’ils soient plus rapidement ciblés.

Il faut lutter pour que ces mesures soient un jour adoptées au Québec. D’ici là, il faut continuer la sensibilisation auprès de la population québécoise afin d’éduquer les citoyens sur ce problème grandissant. [7]