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Le cours Éthique et culture religieuse : réponse à Joseph Facal

Je rentre du travail le 9 février dernier, j’ouvre mon téléphone pour faire le tour de l’actualité de la journée et je tombe sur cette chronique de Joseph Facal intitulée ECR : Imposture et manipulation.

 

EDIT : Mr. Facal récidive avec une autre chronique deux jours plus tard : ECR : Imposture et manipulation (2)

On dit souvent que les questions engendrent davantage de réflexions que les réponses, alors je poserai quelques questions à Mr. Facal.

Remarque liminaire

D’abord, j’ai fait quelques recherches et mes sources m’ont finalement révélées qui vous avait écrit un courriel. Un jeune militant assumé du Parti québécois qui, comme la plupart de ses confrères nationalistes, n’aiment pas le cours d’ÉCR sous prétexte qu’il est un endoctrinement au multiculturalisme. J’ose croire que vous partagez cette idée puisqu’il s’agit du premier intertitre de votre chronique.

Manuel

Vous avez fait référence au manuel Tête à tête, édité par les éditions Grand Duc. Je vous le demande Mr. Facal, saviez-vous que nos enseignants dans le Baccalauréat en enseignement au secondaire nous encouragent fortement, surtout en histoire et en ECR, à sortir entièrement des manuels et à les utiliser le moins possible, voire jamais?

Saviez-vous que la plupart des enseignants d’ECR vont mettre au point leurs propres outils parce que les manuels sont souvent désuets et très mal montés? La preuve se trouve dans les définitions que Tête à tête donne des quatre attitudes face au phénomène religieux.

Saviez-vous également que l’ECR est une matière dont l’une des compétences est Pratiquer le dialogue et que tous les enseignants ou presque l’évalue en même temps que la compétence Réfléchir sur les questions éthiques? Ce serait difficile avec un livre, n’est-ce pas?

Saviez-vous que les maisons d’édition ont fait un flop avec les manuels d’ECR parce que les enseignants ne les achètent pas?

Étiez-vous au courant que l’ECR est considéré comme une matière « secondaire » et que ce faisant, les enseignants qui ont besoin de combler les trous dans leur horaire peuvent enseigner l’ECR… même les enseignants d’éducation physique? S’ils ne connaissent pas suffisamment le programme, ils risquent, malheureusement, de se tourner vers la facilité.

L’enseignant fait la différence

Saviez-vous qu’il est très mal vu pour un enseignant de donner son point de vue en classe? Je pense que vous le savez très bien, mais il y a des exceptions à la règle.

Saviez-vous que si un élève défend un propos qui va à l’encontre des valeurs québécoises fondamentales comme la radicalisation, le terrorisme, le meurtre ou le viol, un professeur a entièrement le droit d’intervenir et de ramener l’élève à l’ordre? Aucun enseignant n’a à être pris au piège avec une tolérance exagérée.

Saviez-vous que le rôle du professeur d’éthique n’est pas de transmettre des opinions et des valeurs, mais de susciter la réflexion chez ses élèves?

Lorsque j’enseigne, je demande à mes élèves ce qu’ils pensent d’un sujet, ils répondent et je les encourage à développer et préciser leur pensée sans leur mettre de mots dans la bouche. Autrement, je ne fais que m’assurer que le dialogue demeure respectueux.

Société multiculturelle

N’en déplaise à certains, nous vivons dans une société multiculturelle et quoi de mieux pour alimenter le racisme et les préjugés que de s’assurer que nos enfants ne connaissent absolument rien aux valeurs québécoises et aux valeurs de l’Autre. Saviez-vous que l’une des plus grandes peurs de l’être humain est l’inconnu?

Parce que oui, les deux finalités du cours sont la poursuite du bien commun et la reconnaissance de l’autre, mais saviez-vous que nous enseignons ce cours autant à des Québécois de souche qu’à des Québécois musulmans, catholiques, témoins de Jéhovah, juifs, etc.

Pour finir

Je répondrai à la dernière question de votre chronique : « Combien reste-t-il de ces jeunes qui refusent de se faire laver le cerveau ? »

La majorité des jeunes ne se feront pas laver le cerveau et je pense parler au nom de tous les autres étudiants du BES et même au nom des enseignants qui travaillent actuellement dans une école en disant que si un jeune sort de mon cours avec le cerveau lavé, c’est parce que j’aurai échoué en tant qu’enseignant.

J’oubliais, vous avez fait partie du gouvernement qui a lancé la réforme scolaire avec les compétences transversales qui touchent tous les cours. Coopérer, Exercer son jugement critique, Communiquer de façon appropriée. Les avez-vous oublié? Je ne les aie pas oublié, parce que je suis un produit de la réforme de votre gouvernement et je mets en pratique ce que vous avez voulu que j’apprenne à l’école.

Cordialement

Samuel Fillion Doiron

Étudiant de deuxième année au Baccalauréat en enseignement au secondaire – univers social et éthique et culture religieuse.