HomePopular ArticlesJagmeet Singh à la tête du NPD : De plain-pied dans le communautarisme

Jagmeet Singh à la tête du NPD : De plain-pied dans le communautarisme

Dès les premières heures qui ont suivi l’élection de Jagmeet Singh à la direction du NPD, nombre de commentateurs ont souligné l’avènement du tout premier chef de parti issu des « minorités visibles » dans l’histoire du Canada. Hélène Laverdière et Alexandre Boulerice jubilaient. Le Canada ferait preuve d’inclusion grâce au NPD.

Mais qu’en est-il au juste? S’agit-il d’une ouverture historique d’un parti à l’endroit des communautés culturelles? N’est-ce pas plutôt une percée sans précédent de l’intégrisme sikhe à la tête d’un parti? Il y a lieu de s’interroger sur la question et de remettre les pendules à l’heure.

Une victoire de la mouvance sikhe et communautariste

Une première observation s’impose à propos des résultats de ce premier et seul tour de vote au terme de cette longue course au NPD. Avec 53,8% des voix exprimées, Jagmeet Singh a égalé le score établi Jack Layton en janvier 2003 alors que ce dernier avait gagné la direction du NPD en obtenant 53,5% des voix dès le premier tour. Jack Layton était très populaire à Toronto, sa banlieue et l’ensemble de l’Ontario. Sa victoire rapide et surprenante était manifestement l’expression du poids politique de cette province dans les rangs du NPD. De manière très révélatrice, Jagmeet Singh a aussi été élu grâce à la prépondérance du vote des 52 000 néo-démocrates de l’Ontario, jumelé à celui des 31 974 membres de la Colombie-Britannique. Soulignons aussi que parmi tous ces gens, les Canadiens d’origine sikhe se sont tout particulièrement mobilisés pour faire élire l’un des leurs. Jagmeet Singh a fait adhérer 47 000 nouveaux membres au NPD, dont 1 700 au Québec même. Il bénéficiait de l’apport militant de 3 000 bénévoles à travers le Canada et toute l’aile communautariste du NPD. Ce qui est tranchant, ce n’est pas qu’un membre issu des « minorités visibles » ait été désigné au poste de chef de parti; déjà, nombre de députés noirs, d’origine asiatique ou indienne siègent au Parlement fédéral et dans les assemblées législatives des provinces, ce qui demeure hautement souhaitable. Ce qui est nouveau, c’est qu’un chef de parti, indépendamment de ses origines, ose afficher de manière aussi ostentatoire ses croyances religieuses. Dans le cas présent, il s’agit de la religion sikhe et retenons que le port du turban est l’expression symbolique d’une frange distincte et intégriste de cette religion, la majorité de la population du Pundjab ayant d’ailleurs tendance à se distancer de ces vieilles traditions rigoristes.

Il faut aussi replacer ce changement dans son contexte où depuis 2013, notamment par la voix de Thomas Mulcair et d’autres députés, le NPD manifeste ouvertement son hostilité envers toute perspective de laïcité formelle de l’État, de ses institutions, sociétés et organismes publics. La laïcité, qui demeure pourtant un principe démocratique de gestion de la diversité, est malicieusement associée par les ténors du NPD à la xénophobie, l’islamophobie ou le racisme. Charles Taylor a même associé la « charte des valeurs » du Parti québécois à du « poutinisme ».

Depuis 2013, tous les sondages ont pourtant démontré que de 60 à 70% des Québécois sont pour l’interdiction du port de signes religieux pour les agents de l’État. Le peuple québécois, au nom de la liberté de conscience et de la démocratie, s’oppose tout particulièrement à l’intégrisme religieux dans les institutions publiques. En particulier, de 90 à 95% de la population québécoise s’oppose au port du voile islamique intégral dans la prestation ou la réception d’un service public, d’autant plus que le port du niqab ne renvoie pas à un code de croyance religieuse, mais bien à une idéologie politico-religieuse rétrograde et oppressive qu’est le salafisme. Il n’est pas un signe de piété religieuse, mais bien l’expression de l’asservissement des femmes.

En cours de campagne, Jagmeet Singh a signifié qu’il était d’accord avec Thomas Mulcair pour permettre le port du niqab, notamment pour l’exercice du droit de vote et les cérémonies de prestation du serment de citoyenneté. Par conséquent, il se bute aux aspirations fondamentales des Québécois. Voilà donc ce qui pose problème et qui risque de rendre la situation extrêmement ardue pour Jagmett Singh au Québec où la détermination à préserver la laïcité est largement partagée.

Ouverture envers le Québec?

Dans les minutes qui ont suivi sa victoire, Jagmeet Singh a réitéré son amour de la langue française et de la culture québécoise. Il indiqué qu’il sera là pour défendre les intérêts des Québécois et respecter leur droit à l’autodétermination. Soulignons que Jack Layton et Thomas Mulcair ont fait des déclarations semblables avant lui.

Pour ce qui est de Jack Layton, il a d’abord dénoncé, en pleine course à la direction, le caractère désastreux du vote du NPD pour la loi sur la clarté référendaire au Parlement fédéral. Il s’est ensuite ravisé et a finalement déclaré ladite loi conforme aux principes de la Cour suprême du Canada et de la Charte canadienne des droits et libertés. L’empreinte de l’appareil du parti, tout comme celle de Toronto, était perceptible. Pour sa part, Thomas Mulcair avait promis dès 2011 de concrétiser la reconnaissance du caractère distinct de la nation québécoise. Hormis de petits efforts en ce sens, l’essentiel des orientations ultérieures du NPD ont largement fait fi de la question nationale québécoise.

Jagmeet Singh annonce maintenant qu’il appuierait des contestations juridiques contre le projet de loi 62 qui en est à l’étape d’adoption à l’Assemblée nationale, une législation aux antipodes de la laïcité qui n’édicte qu’une obligation de prestation et de réception de services publics à visage découvert avec possibilité d’accommodements religieux. Il le ferait entre autres au nom de la charte canadienne des droits qui oblige le Canada à promouvoir et valoriser le multiculturalisme. À l’évidence, le nouveau chef manifeste un étrange respect pour l’autodétermination des Québécois! Sait-il que cette charte a été imposée au Québec, contre son gré et par un coup de force constitutionnel? Que ferait-il si le Québec instituait une véritable laïcité? On peut déjà exprimer les plus grandes craintes.

 

 

 

 

 

 

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Politologue Chargé de cours / UQAM