Fil de presse
EN
Pages Menu
Laurent Proulx
Laurent Proulx est président et co-actionnaire du Prince Arthur Herald. Il est également entrepreneur dans le domaine de la restauration et de l'immobilier locatif ainsi que chroniqueur au 98,9 FM Québec.

Injonction contre La Dose : Le début de la fin des grands médias – Laurent Proulx

Le 13 juillet dernier, le juge François P. Duprat a émis une injonction interlocutoire qui ordonne aux administrateurs de La Dose de cesser, de reproduire, communiquer ou diffuser  tout article de journal, ou contenu, préparé par les employés de La Presse Ltée, Le Devoir Inc. et Le Soleil. Étant moi-même de ceux qui se sont déjà prévalus d’une injonction en Cour Supérieure, je n’ai pas l’intention de questionner la validité de cette dernière qui est d’ailleurs contestée en appel par l’équipe de La Dose.

La présente chronique a plutôt comme but de situer cet événement comme un point tournant dans la lente agonie des médias d’information traditionnels. Car il faut bien se l’avouer, les fermetures et les coupures s’accumulent : Chez Transcontinental, on ferme les hebdos régionaux les uns après les autres tandis qu’au journal Le Devoir, les revenus d’abonnements et de publicité sont en baisse chaque année au point de solliciter des dons du public. Du côté de La Presse, on a coupé 49 emplois pas plus tard qu’en juin dernier. Au journal Le Soleil, des emplois se perdent depuis 2014.

Il ne faut pas se méprendre, si La Dose a connu un certain succès, ce n’est pas en copiant bêtement les articles des grands médias. Ces derniers sont accessibles gratuitement sur le web et facilement repérés sur Google. Une simple copie n’aurait donc aucune valeur ajoutée pour le consommateur qui peut avoir l’originale gratuitement. Ce qui fait que La Dose s’est démarquée, c’est dans la manière innovante de relayer l’essentiel de l’information pertinente rapidement, ce qui permet aux mordus d’actualité et de politique d’avoir un portrait complet en quelques minutes seulement, plutôt que de naviguer de page en page sur le site web d’un  média traditionnel.  Il est là le succès de La Dose.

Bref, le milieu de l’information est en train de vivre son «moment Uber» et ça n’a pas l’air de plaire à ceux qui contrôlaient l’industrie. J’ai mis le verbe contrôler à l’imparfait car poursuivre une start-up numérique pour des hyperliens n’entre pas dans ma définition d’être en contrôle. Ça sonne plus comme «panic at the disco».

Mais que croyaient-ils? Les hôtels ont eu AirBnB, l’insdustrie de la télévision a eu Netflix, les radios ont vécu Sirius XM,  les restaurants ont vu les « foodtrucks» apparaître, les banques doivent maintenant composer avec le Bitcoin etc. Je suis toujours surpris à quel point des gens à la tête de compagnies qui valent des millions peuvent manquer de vision au point de se laisser surprendre par l’évolution technologique.

On peut bien vouloir détruire La Dose à coup de poursuites, Internet est là pour rester et les médias qui pensent  pouvoir contrôler judiciairement la circulation du contenu en ligne sont, selon moi, aussi naïfs que les personnes qui écrivent une publication Facebook du genre : « Mes photos sur mon profil sont protégées par l’article 10.1 de la convention de Vienne de 1963.Copie et partage sur ton mur si toi aussi tu veux protéger ton contenu»

Il bien possible que La Presse Ltée, Le Devoir et Le Soleil obtiennent gain de cause contre La Dose. Mais au-delà du judiciaire, cette poursuite est l’illustration flagrante que les médias traditionnels sont en train de se faire, lentement mais surement, dépasser par des entreprises numériques innovantes avec des modèles d’affaires plus flexibles et des coûts fixes d’opération beaucoup plus bas. Au final, si La Dose doit cesser ses opérations en raison de cette poursuite, d’autres prendront leur place et il y a fort à parier qu’ils risquent d’être moins collaboratifs que La Dose en matière de droits d’auteurs.

Tout comme les taxis auraient dû se moderniser pour surfer la vague des applications mobiles plutôt que d’essayer judiciairement de s’éviter la concurrence d’Uber, les grands médias devraient collaborer et s’associer avec des entreprises numériques comme La Dose pour être plus efficaces et augmenter leurs revenus.

Encore une fois, les allumeurs de lampadaires à l’huile sont en croisade judiciaire contre les lampadaires électriques.