HomeCulture et sociétéIls l’ont-tu l’affaire, les Canadiens! – Vincent Guérard

Ils l’ont-tu l’affaire, les Canadiens! – Vincent Guérard

Je me souviens lorsque, en 2006, la G.R.C. avait défait le premier complot terroriste d’envergure au pays et que c’était « sorti dans les nouvelles », plusieurs nouveaux arrivants Canadiens avaient des discussions fort animées, dans le métro  : « Mais voyons, au Canada, c’est impossible, c’est un pays paisible où j’ai choisi m’installer en paix » disaient-ils.

Le Canada est vu comme le pays de la paix, le réconciliateur (je dirais bien « Le Pacificateur », mais ça serait donner beaucoup trop d’importance à ce classique de Vin Diesel *tousse*), où les Canadiens, trop gentils, débordent de politesse (et d’excuses). Dernièrement, « L’étoile du Nord » semble avoir décuplé cet engouement, où des milliers de jeunes femmes sont prêtes à faire la file au Stade pour pouvoir lui lancer leur brassière lors de son prochain spectacle.

Notre racisme systémique nous amène fréquemment à croire beaucoup trop de faussetés du Net (fake news), notamment que les réfugiés obtiennent un chèque de 30 000 $ la première année de leur arrivée. Maintenant que le Stade sera bientôt plus rempli qu’aux derniers matchs à Montréal des Expos, plusieurs gens s’inquiètent, que dis-je, s’indignent de l’entrée en masse des gens dans notre beau pays.

Le Canada fait partie de la Convention de Genève de 1951 et du Protocole relatif au statut des réfugiés de 1967. Les lignes directrices pour demander l’asile ou avoir le statut de réfugié au Canada se résument simplement : votre pays est en guerre, ou encore vous ou un membre de votre famille ne pouvez retourner dans votre pays, risquant d’être persécutés (vu vos races, religions, opinions politiques, etc.). Le pays d’origine n’est pas le pays de naissance, c’est le pays où vous étiez avant.

Beaucoup de gens présents au Stade se sont « sauvés » des États-Unis. Bien qu’il puisse s’agir d’une question d’opinion, les USA ne sont pas en guerre et sont toujours (pour l’instant) considérés comme un pays sans menace aux droits de l’être humain (je me suis obstiné avec l’avocat du journal, parce qu’internationalement ça s’appelle des Droits de l’Homme, mais c’était plus simple de le laisser gagner). Ils auront beau dire que Blondinet va leur enlever leurs statuts de réfugiés obtenus spécialement des États-Unis suite aux tremblements de terre en 2010, ça ne rentre pas dans les règles de la Convention.

Le Canada n’a pas le choix d’accueillir les gens demandant l’asile à sa frontière (du moins, autant de pas-de-choix que peut donner le « droit international »). Il est donc normal de les voir être accueillis temporairement. Mais ce que les migrants ne réalisent pas, c’est qu’en surtaxant les divers services utilisés pour l’arrivée de migrants, ceux-ci ne peuvent plus traiter les réelles demandes d’immigration, un canal beaucoup plus approprié pour leur situation. Le Canada ne sera pas en mesure de garder son ratio habituel du plus au moins 50 % d’acceptation parmi leurs demandes. Comme mentionné, les règles d’asile s’appliquent à très peu de nos Stadolympiquiens et Stadolympiquiennes. Les règles de l’immigration, elles, leur donnent beaucoup de chance (facteurs économiques, sociaux, familiaux, etc.) d’acceptation au Canada.

Je comprends très bien que les conditions de vie au Canada sont mieux que celles en Haïti (et aux États-Unis), mais la situation relève du classique choix de Sophie. Plusieurs migrants (ou migrants-en-devenir) ont passé par les réels canaux, et donner un passe-droit à ceux qui dorment dans les anciens quartiers de Felipe Alou amène une brèche à la frontière qu’il sera impossible de réparer. Les refuser en masse, par contre, touche notre fibre humaine ; ils seront retournés en masse dans les terres de son Excellence Jovenel Moïse ou, pire encore, dans celle de « L’Honorable » Donald Trump.

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Vincent Guérard LL.B. est notre chroniqueur attitré aux affaires judiciaires et permet d’amener la vision « du judiciaire » dans les débats. Spécialiste en droits public et constitutionnel, Vincent est technologue juridique pour une société lavalloise, chargé de cours en droits administratif et public au Campus de Montréal du Cégep de la Gaspésie et des Îles et directeur de la clinique juridique virtuelle Accès-Droit.