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Olivier Banville
Olivier Banville est politologue, animateur de podcast politique et programmeur. Militant modéré de gauche, il s’intéresse aux relations qu’entretient le spectre politique avec les événements locaux et internationaux.

Idiot de gauche, idiot de droite – Olivier Banville

Avec les manifestations de l’extrême-droite aux États-Unis, on ne peut éviter le débat traditionnel sur la liberté d’expression et sur l’acceptation sociale des idées divergentes. La démocratie, dirait-on, est le seul système dans lequel on peut le critiquer. L’antifasciste allemand en 1937 et l’anti-communiste russe à pareille date (ou même bien plus tard) pouvaient espérer un sort similaire, bien loin de ce qu’on réserve à l’extrémiste moderne, soit un soupir et un « facepalm ».

On accorde aujourd’hui bien plus de temps à catégoriser les gens dans des camps particuliers, soit la gauche et la droite, au point où les débats débordent d’insinuations exagérés sur le camp adverse. Ça sera difficile à croire pour chacun, mais les deux camps sont également coupables de ce terrible crime : « pourquoi l’autre est si idiot? »

C’est un argument qui revient souvent : nos adversaires sur l’axe politique sont particulièrement idiots, extrêmes ou démesurés dans leurs discussions. Ils ont souvent un français discutable, abusent de sophismes et peuvent sonner curieusement dangereux. Ils sont incapables de détecter le sarcasme ou le « troll », et s’enflamment en nous accusant de vouloir la mort d’un ou des groupes sociaux particuliers. Si je viens de décrire votre adversaire de débat standard, dites-vous que vous n’êtes pas le seul : l’axe politique en est surpeuplé.

L’idiot de gauche ou de droite est un cas commun des médias sociaux; le pouvoir de communiquer avec n’importe qui sur n’importe quoi nous a donné la possibilité, mais pas nécessairement la capacité, de filtrer nos lectures et choisir nos combats. On dira ce qu’on veut d’un bon vieux débat dans un fil de commentaire Facebook, mais pour l’intéressé politique, c’est toujours palpitant quand on n’a rien à faire. Ça l’est par contre aussi pour l’idiot. Cet extrémiste démesuré va s’en prendre à ses adversaires en faisant passer l’axe qu’il représente comme une bande…bref, d’idiots.

« Oui, mais Banville, il y a bien plus d’idiots dans l’axe B que l’axe A, non? »

Non. Tu en perçois simplement plus car ils t’attaquent, toi. Pensons-y, on discutera en général dans le fil d’une publication qui nous dérange. Cette publication attire bien plus de gens en accord que de gens en désaccord. Notre commentaire, alors, enragera les plus énervés, et les chances sont grandes qu’un idiot se matérialise et nous fasse la leçon à sa manière.

Les pauvres et les ethnies

Si la gauche a été frappée de plein fouet tout au long de la guerre froide à cause des extrêmes soviétiques et similaires, c’est la droite qui doit endurer attaque après attaque à cause d’une situation particulière : l’intolérance et le racisme. C’est plate à dire, mais les intolérants et les racistes, ils sont de droite. Ça a un effet particulier : on croit maintenant que la droite est nécessairement raciste. Les néo-nazis qui défilent à travers le monde ne font qu’alimenter ce stéréotype. Si vous me permettez le sophisme anecdotique (on dira alors que je suis bel et bien un idiot de gauche), qu’ils soient amis ou ennemis, mes connaissances de droite ne sont aucunement racistes. Ils ne cherchent pas à détruire les structures sociales ou à voir s’instaurer la loi du plus fort au sens le plus violent.

On a plutôt l’impression qu’il est difficile d’être socialement de gauche et raciste étant donné que l’ethos de gauche prône l’égalité de tous, alors que la droite sociale ne l’a pas adopté universellement.

Mais attention : on mixe encore beaucoup et à tort la droite sociale et économique : au Québec, les pro-vie ne sont qu’une poignée. Au Québec, les pro libre-marché ne proposent pas d’une même voix l’expulsion des non-blancs. Au Québec, ce ne sont pas les entrepreneurs ou les militants politiques haut-placés qui marchent dans la rue avec des symboles nazi. Au Québec, l’extrémisme religieux est quasi-inexistant.

Les différences

De plus en plus d’études démontrent qu’il existe soit une différence biologique entre les plus libéraux et les plus conservateurs, ou que le choix idéologique influence grandement certains comportements. Ça envoie le message que la conversion n’est sans doute pas la solution.

On découvre par contre une similitude que personne ne veut s’avouer : l’axe politique en entier cherche à créer un monde meilleur. Oui, les moyens varient, les outils proposés sont différents, la viabilité du rêve utopique peut varier, les sélections bibliographiques pour prouver son point proviennent d’un peu partout et la tolérance de l’atteinte du but est différente. Y-aura-t-il toujours des pauvres, ou devons-nous n’arrêter que quand tout le monde sera riche ou heureux?

Pour un même problème, l’angle abordé sera souvent différent : la dictature Nord-Coréenne se voit soudainement protégée de toute part par les plus libéraux contre Trump, mais simplement car on cherche à éviter une guerre nucléaire, et non car on est soudainement en accord avec le régime. Les immigrants haïtiens sont aidés par les plus à gauche, alors qu’on critique le système qui ouvre un peu trop les bras chez la droite. Mon esprit de gauche me force à vouloir les aider, mais c’est certain que la situation semble hors de contrôle. Est-ce de l’intolérance ou simplement du gros bon sens?

La différence ultime entre la gauche et la droite semble être la suivante : « À quel point ce qui t’arrive est de ta faute? »

Au final, il devient important de se rappeler quelques points : ton adversaire veut le bien de la société, tout comme toi; il voit les choses sous un angle qui est évident pour lui mais ne l’est certainement pas pour toi.

Et un débat en ligne, ça ne changera pas le monde. Alors si t’es fru, fermes ton onglet, fais-pas l’idiot.