HomeEntrevuesHarout Chitilian : l’étoile montante

Harout Chitilian : l’étoile montante

Lors du vote pour nommer un nouveau maire intérimaire pour remplacer le maire intérimaire qui venait de se faire arrêter, M. Applebaum, un nouveau visage s’est présenté aux Montréalais. Il s’appelait Harout Chitilian, un jeune élu du nord de la ville méconnu même par ceux qui suivent la politique. Personne ne l’a vu venir et soudainement il avait l’opportunité de devenir le plus jeune maire de Montréal de l’histoire. Il n’a perdu que par deux votes, mais ce n’est que le début de la carrière de ce jeune politicien.

J’ai eu la chance de m’asseoir avec Harout pour prendre un café au cours de l’été.  À ma grande surprise il est beaucoup plus grand et imposant qu’à la télévision. Mettant mon sentiment d’infériorité de côté, il me semblait une personne extrêmement  calme qui exhibait beaucoup de confiance en étant en parfait contrôle de ses moyens. Ce fût le thème tout au long de l’entretien.

En écrivant ce profil, j’ai tenté de répondre à la question suivante : qui est Harout Chitilian? La réponse fût intéressante.

Harout est né en 1980 à Beyrouth au Liban. Il a vécu une jeunesse extrêmement mouvementée dû à la guerre civile qui sévissait dans le pays. Dès son jeune âge il était conscient des enjeux politiques et il déplorait l’absence de dialogue politique dans le pays alors que tout différend était réglé par la violence. Pendant cette période il ne pouvait pas aller à l’école de manière régulière et était souvent obligé de se réfugier dans des sections plus sécuritaires de la ville. Il est éventuellement devenu un réfugié avec ses parents.

En 1988, un énorme tremblement de terre frappe l’Arménie et des milliers de personnes décèdent. L’évènement était diffusé partout sur la planète et un grand élan de solidarité s’est mis en branle pour venir en aide aux victimes et à leurs familles. « Même avec peu de moyens et la violence, ma famille organisait des levées de fonds pour les sinistrés. À la suite de cette tragédie, mes parents ont décidé de nous emmener par bateau en Arménie, une république sous l’emprise des communistes de l’Union Soviétique, avec l’espoir d’échapper à la violence des combats de plus en plus intense au Liban» a dit Harout.

Le voyage vers l’Arménie a duré plusieurs jours et le jeune Harout  découvre plusieurs nouveaux pays chacun avec ses réalités différentes. En arrivant à Constantinople en Turquie, sa famille est bloquée aux douanes à cause de leur nom arménien. C’est à ce moment qu’il réalise que la cicatrice du génocide arménien de 1915 est encore grande ouverte et même 74ans plus tard la relation avec l’état Turc comporte son lot de défis. Une journée plus tard, ils sont embarqués en direction d’Odessa, Ukraine.

En arrivant dans cette république contrôlée par les communistes, il a réalisé la décrépitude et la pauvreté d’un peuple détruit par les politiques économiques manquées des soviétiques. Il était parti d’un champ de guerre pour ensuite arriver à la déchéance la plus totale où les institutions publiques n’existaient pratiquement plus. C’est à ce moment qu’il a vu l’importance d’avoir des institutions publiques solides, justes et indépendantes pour contrebalancer les intérêts politiques. Sa famille et lui sont restés dans l’aéroport en Ukraine pendant quelques jours avant de trouver un vol vers l’Arménie Soviétique.

L’arrivée en Arménie a été très émotionnelle pour Harout et sa famille. Pendant des années, il a été enseigné l’histoire arménienne et tous les lieux historiques d’importance du pays de ses ancêtres. Pour la première fois, il les a vus dans toute leur beauté et splendeur. « Ce fût un pèlerinage pour moi d’une certaine façon » a dit Harout. Mais l’euphorie n’a pas duré longtemps pour ensuite faire place à la déception. L’Arménie avait de grandes difficultés économiques en 1989. De plus, c’était une société plutôt patriarcale où d’importants débats sociétaux reliés à l’égalité entre les hommes et femmes n’avaient pas encore eu lieu. Âgé seulement de 9ans, Harout m’a rapporté les nombreux débats qu’il a eus avec des hommes de son quartier d’adoption en ce qui a trait à la liberté de la femme de prendre ses propres décisions. Quelques mois plus tard, Harout et sa famille ont quitté l’Arménie pour s’établir en Chypre avant d’appliquer pour la résidence permanente au Canada.

En Juillet 1990, Harout débarque à l’aéroport de Mirabel et pour la première fois de sa vie il a vu un aéroport organisé et propre dans un pays sans violence. Sa famille s’est établie dans le quartier multiculturel de choix pour les nouveaux arrivants à Montréal : Park Extension pour ensuite déménager à Ville Saint-Laurent. Il a commencé l’école primaire en 5e année à l’école arménienne Armen-Québec, à Ville Saint-Laurent. En moins d’un an, il parlait les deux langues officielles et s’est intégré à la société québécoise. Rendu en 6e année, il a gagné sa première élection en devenant représentant de sa classe.

Pour l’école secondaire, ses parents ont décidé de l’envoyer à Collège Beaubois, une école privée de langue française dans l’ouest de l’île. En 1994, le débat sur la séparation du Québec a commencé et Harout s’est retrouvé dans une classe divisée où la moitié des étudiants supportaient la séparation tandis que l’autre moitié était contre. Il l’a dit lui-même : « Ce fût l’expérience la plus fascinante de ma jeunesse. Voir des gens divisé sur un enjeu si crucial et ne pas tomber dans la violence; ça m’avait marqué. » Il est resté plutôt sur les lignes de côté en tant qu’observateur tout au long de ce débat. Il jugeait qu’il lui manquait des connaissances historiques pour avoir une opinion claire sur la séparation. Mais une chose était certaine, il fût surpris par le commentaire de M. Parizeau lors de la soirée du scrutin.

Il a continué ses études et a abouti en génie (comme le restant de sa famille) à l’école Polytechnique. «Mon passage à Polytechnique m’a aidé en politique parce que ça m’a permis de développer ma capacité de prendre des décisions et de penser de manière analytique et structurée» a dit Harout. Mais au début des années 2000 la Bulle Technologique a éclaté et des milliers de travailleurs et d’ingénieurs ont été congédiés. Harout a donc décidé de mettre ses études en veilleuse pour prendre un stage de 8 mois chez Ericsson. Grâce à ce stage, il a finalement été engagé à temps plein en 2004 par Ericsson et de là a débuté une carrière internationale dans l’industrie des télécommunications. Harout a voyagé en Amérique du Sud,  en Europe et un peu partout en Amérique du Nord pour aider à bâtir les nouveaux réseaux de télécommunications. Il a participé également plus tard dans le projet d’implantation du réseau 3G par Vidéotron.

« J’ai aimé mon passage dans le secteur privé, car ça m’a permis de voir le monde et de vivre de nombreuses expériences enrichissantes. Par contre la meilleure décision de ma vie a été de me présenter en 2009 dans le district de Bordeaux-Cartierville pour devenir un élu municipal » a dit Harout. Plusieurs membres de son entourage ont été surpris lorsqu’il a remporté son élection dès sa première tentative, car il s’était présenté sous la bannière du parti politique du Maire Tremblay qui avait eu beaucoup de difficulté lors de cette élection. En 2011, Il a été désigné Président du Conseil Municipal de Montréal et est devenu le plus jeune élu à occuper ce poste. Au cours de son mandat de Président, Harout a été confronté à plusieurs défis et par moment ce fût difficile. Néanmoins, il a su s’imposer avec respect et équité.

Personne impliqué en politique municipal n’a été surpris de voir Harout presque gagner l’élection pour devenir maire par intérim récemment. Il est chéri des citoyens de son district qui sont derrière lui avec la réalisation de nombreux projets qui ont contribué à l’amélioration de la qualité de vie de son quartier. Récemment, il a également été choisi pour faire partie du groupe sélect des personnalités politique d’avenir de la République Française. Cet honneur est octroyé aux jeunes politiciens que la diplomatie française identifie comme pouvant devenir de grands leaders dans le futur.

Malgré son jeune âge, Harout Chitilian est un politicien avec un bagage d’expériences intéressantes et une attitude calme et rassurant ce que la ville a bel et bien besoin en ce moment.  Il est l’étoile montante de la politique municipale; qui sait peut-être même le prochain maire de Montréal d’ici quelques années.