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Pierre Morin
Ex conseiller pol., dir. cabinet AssNat. Blogueur, twitteux, collaborateur au Prince Arthur Herald!

À force de crier à la censure…

Moins de deux semaines après le carnage à la grande mosquée de Québec, un acte terroriste abjecte qui marquera encore longtemps la Capitale nationale, la Maison de la littérature de Québec a décidé d’annuler une conférence de Djemila Benhabib sur l’islam.

Certains, comme la principale intéressée et Sophie Durocher, y voient un acte de censure intolérable.

Je rectifie mon premier paragraphe : ce n’était pas une conférence de Djemila Benhabib, mais bien une conférence À LAQUELLE devait participer, avec d’autres auteurs, Djemila Benhabib. La précision est importante, d’autant que seule madame Benhabib monte aux créneaux pour dénoncer un cas flagrant, selon elle, de censure!

Connaissant la croisade de madame Benhabib pour la laïcité, ces propos tranchés sur l’islam, les mosquées, etc., l’annulation de la conférence n’était-elle pas la chose à faire pour éviter de jeter de l’huile sur le feu? Je crois que oui.

La censure a le dos large

À mon humble avis, l’annulation de la conférence ne constitue absolument pas un acte de censure à l’endroit de Djemila Benhabib. À ce que je sache, elle n’est pas interdite de parole publique sur le territoire québécois. On la lit, on la voit, on l’entend partout, si c’est ça être censurée, Salman Rushdie, sur qui pèse toujours une fatwa mortelle, doit l’envier!

De plus, rien n’interdit à d’autres organismes de prendre la relève de la Maison de la littérature de Québec et d’offrir cette conférence.

Quand Sophie Durocher, encore elle, écrit que la littérature est en deuil, qu’elle cite 1984 d’Orwell ou Fahrenheit 451 de Bradbury pour illustrer le climat de censure qui s’abat sur le Québec avec l’annulation de la conférence, cela confine au dérapage.

Il semble que pour elle, le fait que l’événement devait avoir lieu dans la ville même où, quelques jours plus tôt un terroriste faisait six morts et une trentaine de blessés, dont cinq graves, lui échappe totalement. Que ce ne soit même pas un détail dans sa cabale en dit long sur le choix de Sophie.

Imaginez le tollé général si, en juillet 2013, le Ministère des Transports avait décidé de tenir un colloque sur la sécurité ferroviaire à Lac-Mégantic, dans les jours suivants la tragédie. Nous aurions tous exigé l’annulation de l’événement par respect pour les familles et la communauté. C’est exactement ce qu’a fait la Maison de la littérature.

Dans un troisième texte, décidément, Durocher se demande «Qui a peur de Djemila Benhabib?» La chroniqueuse omet encore et toujours de dire pourquoi il faut absolument que ce soit dans la ville qui vient de subir une tragédie que Djemila Benhabib prenne la parole. Cet entêtement est morbide!

***

Oui au débat, non à la censure, mais chaque chose en son temps. Là, c’est celui du deuil !