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Faire pousser des ananas en Antarctique

Pour faire face à la sécheresse qui sévit présentement en Californie, le Gouverneur Brown a imposé une réduction de la consommation d’eau en milieu urbain de 25 % sur une période de 9 mois. Comme le dit le Gouverneur Brown, cette sécheresse historique demande des mesures sans précédent !

Les sécheresses ne sont toutefois pas un phénomène nouveau dans le Golden State. Des scientifiques ont démontré que les pires sécheresses auraient duré près de 400 ans il y a de cela plus de mille ans. La différence est qu’aujourd’hui, la région est la plus populeuse du pays avec près de 40 millions d’habitants et son secteur agricole est de loin le plus important des États-Unis en termes de production et d’exportation.

L’or bleu est donc plus convoité que jamais, alors qu’une série de mauvaises politiques publiques ont contribué à sa rareté. Aujourd’hui, les subventions agricoles aux États-Unis représentent 22 % de la valeur de la production totale. Bien qu’ils consomment 80 % des ressources hydriques, les agriculteurs californiens payent approximativement 15 % des coûts liés au développement du système d’irrigation fédérale dont ils sont les principaux utilisateurs.

En subventionnant une multitude de projets d’irrigation et l’agriculture en général, le gouvernement soutient des productions agricoles qui n’auraient autrement pas eu lieu. Par exemple, les subventions réduisent artificiellement les coûts de production et envoient le signal aux producteurs de riz que leur activité est rentable. En ne reflétant pas les coûts réels, le prix du riz produit en Californie ne donne pas l’information nécessaire aux consommateurs. Ils n’ont donc pas d’incitation à choisir un produit comparable ayant été produit là où les conditions économiques et écologiques sont propices.

Pour imager la situation actuelle, c’est comme si un gouvernement subventionnait la culture d’ananas en Antarctique et qu’il demandait aux habitants d’économiser l’électricité pour en laisser davantage aux agriculteurs qui doivent chauffer les plantations. L’analogie peut sembler absurde, mais n’en demeure pas moins que la situation actuelle l’est presque autant.

Certains ne seront toutefois pas convaincus sous prétexte que l’achat de produits alimentaires cultivés et transformés localement permet de consommer moins d’énergie et d’émettre moins de gaz à effet de serre (GES). Cependant, comme le souligne Pierre Desrochers dans une note économique de l’IEDM, les initiatives visant à décourager l’achat d’aliments transportés sur de longues distances ont paradoxalement pour effet d’augmenter les émissions de GES.

En effet, en utilisant la méthodologie de l’Évaluation du cycle de vie, il est démontré que 11 % des émissions de GES associées à la nourriture proviendraient du transport dans son ensemble, contre 83 % pour l’étape de la production. De ce fait, la localisation à beaucoup plus d’importance que la distance parcourut par les produits alimentaires. L’absence de distorsions occasionnées par l’intervention gouvernementale aurait pour effet de concentrer la production agricole vers des climats favorables qui nécessiteraient moins d’intrants.

Dans un marché libre, le prix de l’eau en Californie serait fort probablement plus élevé pour refléter sa rareté. Ainsi, plusieurs productions agricoles nécessitant des quantités d’eau importante comme le bœuf, le coton, le riz ou l’alfalfa seraient délocalisées vers des régions où les ressources hydriques sont abondantes. De plus, les capitaux détournés pour supporter des activités agricoles non rentables et néfastes pour l’environnement seraient utilisés par d’autres secteurs économiques qui généreraient une plus grande valeur ajoutée.

En ce sens, l’abolition des barrières tarifaires et des subventions dans le secteur agricole permettrait d’utiliser la chaine alimentaire mondiale de sorte qu’on augmenterait la richesse globale toute en étant bénéfique pour l’environnement. En ignorant l’importance du prix dans une économie de marché, la population et les décideurs publics se retrouvent dans un interminable cercle vicieux qui menace réellement l’avenir de la Californie.