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Pierre Morin
Ex conseiller pol., dir. cabinet AssNat. Blogueur, twitteux, collaborateur au Prince Arthur Herald!

Et si on parlait constitution!

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, laissez-moi vous souhaiter une bonne et heureuse année 2018, bonheur, santé et, c’est mon privilège, un gouvernement de la CAQ en octobre prochain!

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Pendant le congé des Fêtes, il s’est produit un événement d’une rareté telle qu’il est pratiquement passé sous le radar. Je parle de l’aveu d’échec des libéraux provinciaux au chapitre des négociations constitutionnelles qu’ils souhaitaient reprendre avec le reste du Canada.

Selon Le Devoir, à peine une poignée d’universitaires s’étaient enquis du contenu du document de 196 pages produit par Jean-Marc Fournier sous le titre qui annonçait gros : « Politique d’affirmation du Québec », mais qui n’a finalement rien livré.

Dans les officines provinciales, la réception du document québécois a eu le même effet que l’arrivée du nouveau dépliant promotionnel de la pizzeria du coin. Quant à Ottawa, Justin Trudeau a tout simplement refusé de lire la couverture avant de dire un non catégorique. À ce sujet, Denise Bombardier écrivait ce commentaire dans l’édition du 8 janvier du Journal de Montréal : « on ne verra pas en 2018 ni en 2019 Justin Trudeau pleurer sur notre sort. Rien à ses yeux ne justifie de mettre son système lacrymal en action. »

Les commentaires convenus des habituelles pleureuses indépendantistes au bas du texte de Madame B viennent ajouter au sentiment de déjà-vu.

J’aime bien lire Madame B même si souvent son analyse de la politique actuelle se fait avec un œil des années 70 et 80. Elle se souvient avec nostalgie, comme plusieurs chroniqueurs de sa génération, des grandes manœuvres constitutionnelles qui ont façonné le Canada dans lequel nous vivons. Elle regrette sans doute le côté dramatique de ces grands spectacles qui mettaient en scène le méchant Pierre Elliot Trudeau et le bon René Lévesque. Elle est certainement consciente que le rejeton n’a pas la carrure et encore moins le vernis de son célèbre papa. Entre deux égoportraits et trois excuses bien humectées, Justin Trudeau ne voit aucun intérêt à satisfaire la lubie de Philippe Couillard.

C’est justement à cause des traumatismes causés par ce duo d’enfer, et deux référendums perdants du PQ, que le Canada d’aujourd’hui est si peu enclin à, non pas reprendre, mais bien entreprendre une énième discussion constitutionnelle pour satisfaire cet éternel insatisfait Québec. Ils ne sont pas prêts à nous voir partir, mais ils ne feront rien pour obtenir une signature symbolique au bas de la constitution. À ce sujet, il n’y a que Philippe Couillard qui, au Québec, rêve de signer ce bout de papier, et ce, à n’importe quel prix. Il l’avait fait savoir en décembre 2013, il l’avait réitéré en septembre 2014, en décembre de la même année il « baissait les attentes constitutionnelles », puis, en juin dernier, il revenait avec sa marotte.

Disons-le simplement : la signature du Québec au bas de la constitution de 1982 ce n’est pas pour demain. Quel intérêt politique y aurait-il à poser ce geste symbolique, puisque de toute manière, la constitution, tout comme la Charte des droits, s’applique aux lois du Québec? Les libéraux provinciaux en fin de régime croient peut-être que c’est la chose à faire. Laissons donc Couillard alimenter le sentiment anxiogène des Québécois envers son gouvernement.

Des demandes réalistes, une démarche sérieuse

Le Québec a passé les quatre dernières décennies le couteau entre les dents, à menacer ses partenaires canadiens. Il y a un coût à cela, le silence du R.O.C. face aux propositions inodores, incolores et sans goût du PLQ de Philippe Couillard ne devrait surprendre que quelques Québécois nostalgiques d’une autre époque, heureusement révolue.

Le caquiste Simon Jolin-Barrette soulignait que « la timidité de la démarche libérale est plutôt décevante », c’est le moins que l’on puisse dire.

Il ajoutait : « Notre démarche, à la CAQ, est très différente. Nous souhaitons des gains concrets et réels, à court terme, pour défendre les intérêts du Québec. On pourrait très bien, par exemple, négocier une entente pour une déclaration d’impôt unique ou encore obtenir tous les pouvoirs en matière d’immigration. Le gouvernement Couillard se contente d’une tournée pédagogique. Ce n’est pas de cette façon-là qu’on va faire mûrir le fruit et accroître les pouvoirs du Québec à l’intérieur du Canada. »

Il y en a déjà pour dénoncer la « pensée magique » qui se dégage, selon eux, de la stratégie de la CAQ. À ceux-là je rappelle que le dernier amendement constitutionnel a été obtenu par un gouvernement séparatiste, avec l’aide de leur pire ennemi, Stéphane Dion, sur l’abolition des commissions scolaires religieuses et leur remplacement par des c.s. linguistiques.

Des gains pour le Québec, à l’intérieur du Canada, ne relèvent donc pas de l’utopie ni de la pensée magique.

Est-ce que la démarche sera facile? Non, il faudra autant de patience que de bons arguments, c’est là le prix à payer pour quarante ans de menaces. Il faudra surtout rétablir le dialogue avec nos partenaires canadiens, bâtir de nouveaux ponts, et injecter dans la démarche une grosse dose de bonne foi.