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Simon Leduc
Éditeur en chef du Prince Arthur Herald.

Entrevue avec le politologue et chargé de cours à l’UQAM André Lamoureux : une journée contre l’islamophobie??

Cette semaine, des organisations musulmanes ont demandé au gouvernement Trudeau de mettre en place une journée nationale contre l’islamophobie. Le 29 janvier serait désigné pour cette journée, le jour de l’attaque de la Mosquée de Québec qui a fait six morts, tous des musulmans. Les libéraux de Trudeau vont prendre en considération leur demande, le NPD est en accord et les conservateurs sont réticents. Au niveau provincial, le PQ et la CAQ désapprouvent cette idée. Ils estiment que les Québécois ne sont pas islamophobes et qu’une journée de commémoration de la tragédie serait plus appropriée. Tandis que Québec solidaire est totalement d’accord avec la proposition des leaders musulmans. Du côté du gouvernement Couillard, il semble être ouvert à l’idée, mais il ne veut pas se prononcer officiellement à ce sujet pour l’instant. Le Prince Arthur Herald a discuté de la question avec le politologue André Lamoureux.

Tout d’abord, André Lamoureux veut nous dire que l’enquête sur le geste qu’Alexandre Bissonnette a posé n’est pas terminée et qu’il ne faut pas trop vite sauter aux conclusions. « On n’a pas toutes les informations sur les motivations du personnage. Est-ce c’est une question de psychiatrie? Est-ce que c’est un geste à motivation idéologique lié à l’islam. Il faut le démontrer. Avant de se prononcer sur le sujet, il faut laisser les autorités policières terminer leur travail. Pour l’instant, on ne peut pas dire que c’est un geste anti musulman, il faut le prouver. Attendons les résultats de l’enquête avant de présumer qu’il s’agissait bien d’un acte islamophobe », explique-il en entrevue au PAH.

Subséquemment, pour l’expert sur la question de la laïcité, les leaders musulmans tentent d’instrumentaliser l’attentat en question à des fins idéologiques. « Selon moi, cette demande des leaders musulmans est tout simplement une tentative d’instrumentalisation de ce drame à des fins idéologiques, car l’islamophobie est un concept vicié », estime le politologue. Ce dernier souligne le fait que ce concept n’est pas l’équivalent d’une haine anti musulmane et qu’il n’est pas bien défini « Qu’est-ce qu’on inclus dans l’islamophobie? Veut-on interdire toute critique envers l’islam ou toute critique envers les versions radicales de l’islam qui sont le wahhabisme et le salafisme? », se questionne M. Lamoureux. Selon lui, toute personne a le droit de critiquer toute idéologie et en particulier l’intégrisme islamique, la ségrégation sexuelle des femmes et les attentats djihadistes. « On parle ici d’un droit démocratique et il ne faut pas chercher par une proposition, comme celle-ci, à bâillonner le débat démocratique au Québec », martèle-il. Le fait de critiquer l’intégrisme religieux n’est pas un acte islamophobe et il faut le dire haut et fort selon M. Lamoureux. « À cause de toutes ces raisons, il ne fait aucun doute que les organisations musulmanes québécoises veulent faire avancer leur idéologie en instrumentalisant l’attentat de la Mosquée de Québec et il faut dénoncer cela », explique-il.

Troisièmement, le professeur de science politique se questionne sur le fait qu’on n’a pas mis en place une journée pour commémorer les victimes québécoises et canadiennes du djihadisme. « Personne ne parle des Québécois qui ont été tués par des fous d’Allah en sol québécois et à l’étranger. Est-ce qu’on les a oubliés? Si c’est le cas, c’est scandaleux », dénonce-il.

Également, il faut souligner le fait que seulement deux partis politiques appuient l’initiative des leaders musulmans, Québec solidaire et le NPD fédéral. André Lamoureux n’est pas surpris de cela. « Ces deux partis politiques sont les alliés de l ‘islamisme, et ce, depuis plusieurs années. Je veux mentionner que le NPD est pour le port du niquab lors des cérémonies de citoyenneté, pour voter et il a appuyé la motion contre l’islamophobie à la Chambre des communes. Du côté de QS, ce parti dénonce la loi 62 sur la question du niquab. Les solidaires se disent féministes, mais tolèrent des symboles d’asservissement de la femmes, c’est incroyable », dénonce-t-il. Ce dernier estime que le NPD est la caution sociale du PLC à Ottawa et QS est la caution sociale du PLQ au Québec. M. Lamoureux trouve que le PQ et la CAQ ont le courage de s’opposer à ce projet et il faut les féliciter. « Je veux souligner le fait que la CAQ et PQ ont raison de se dissocier de la possible création d’une journée de lutte contre l’islamophobie », conclut-il.