HomeCulture et sociétéEntrevue avec l’auteur de l’ouvrage « Journal sans journalistes » Éric Le Ray, 3e partie

Entrevue avec l’auteur de l’ouvrage « Journal sans journalistes » Éric Le Ray, 3e partie

Prince Arthur Herald: Comment expliquez-vous qu’aux États-Unis, la victoire de Trump a été la défaite de ce 4e pouvoir, tandis qu’en France, la victoire de Macron a été la défaite de ce que nous appelons la réinfosphère ?

Éric Le Ray : Il y a plusieurs niveaux de réponse à votre question. D’abord le régime politique et le mode de gouvernance. La séparation des pouvoirs, même si elle est remise en cause depuis une vingtaine d’années aux États-Unis, reste une valeur sûre de cette Amérique du rêve américain. Peut-être qu’avec l’élection de Trump, nous allons assister à un retour de cette séparation des pouvoirs dans un régime fédéral avec une tradition des Pères fondateurs tournée vers la décentralisation et le moins d’interventions possible dans les 50 États américains et par prolongation dans la Presse. Le vaste soutien de la presse traditionnelle américaine, télévision, radio et presse écrite, envers la candidate Clinton lors des élections présidentielles de 2016 nous a laissé croire un moment que ce n’était plus le cas. Qu’il fallait donc retourner aux valeurs fondatrices de l’Amérique, en particulier, autour de la liberté de la presse et de la séparation des pouvoirs. Tout particulièrement, en ce qui concerne la séparation du pouvoir politique avec le pouvoir médiatique qu’on nomme le quatrième pouvoir. Ce n’est pas le cas de la France, où la tradition monarchiste républicaine jacobine de 1793 reste très forte. Il n’y a donc pas de séparation des pouvoirs. Tout passe par Paris et le gouvernement français. Les médias traditionnels sont tenus par une politique de subventions directes et indirectes qui a tué le journalisme d’enquête et d’information en France où la liberté de la presse n’existe pas. On assiste ainsi à la suprématie d’une presse d’opinion tenue avec des tirages catastrophiques, mais qui tiennent et qui ne disparaît pas grâce aux subventions de l’État français à la Presse. L’Express atteint parfois par semaine des tirages de 21 000 exemplaires, alors qu’au temps du fondateur Jean-Jacques Servan-Schreiber, et des rédacteurs en chef Jean-François Revel ou Raymond Aron, il a pu atteindre des tirages de 200 000 à 300 000 exemplaires, voire plus. Cette subvention limite l’impact du désengagement des lecteurs pour cette presse qui ne les représente plus et freine une nécessaire restructuration qui a eu lieu aux États-Unis il y a près de dix ans. Elle freine aussi le transfert des lecteurs vers Internet et les médias sociaux qui deviennent inéluctablement les deux premières sources d’information de chaque citoyen. Les médias sociaux, à l’inverse de ce qui se passe en Amérique, sont donc moins libres en France et en Europe et subissent une pression étatique, fiscale et surtout politique qui limite la liberté d’expression. Ces subventions limitent ainsi l’impact sur le quatrième pouvoir et donc sur les citoyens, même si cela devient le principal outil d’information. La candidature de Macron et la façon dont le quatrième pouvoir a construit sa candidature et l’a préparé feront école, car on recherche encore son programme, même s’il a été élu massivement.

 

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Éditeur en chef du Prince Arthur Herald.