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Charte de la laïcité : Une atteinte à une société libre

Ces derniers jours, plusieurs informations sont apparues dans les médias concernant l’éventuel projet de Charte de la laïcité que voudrait faire adopter le gouvernement péquiste l’automne prochain. Le document, en plus de proposer des règles pour déterminer les « accommodements raisonnables », interdirait le port de signes religieux ostentatoires chez les employés de la fonction publique à l’exception des services privés (garderies et écoles privées) et des universités, cégeps et hôpitaux, qui bénéficieraient d’un droit de retrait. [1] La question divise, même au sein de notre journal, et sera probablement au cœur de l’actualité au cours des prochains mois.

Un employé de l’État, qu’il soit en contact ou non avec le public, se verrait interdire le port d’un signe religieux tel que le foulard, le turban, la kippa ou la croix. Le projet de loi n’étant pas encore déposé, on ne peut déterminer avec certitude jusqu’où portera cette Charte de la laïcité. Néanmoins, l’intention du gouvernement semble claire : bannir les signes religieux ostentatoires dans la fonction publique.  On établit ainsi une laïcité où l’État, au lieu de n’endosser aucune religion et de permettre la liberté religieuse dans ses institutions, réprimerait toute forme de démonstration religieuse en son sein. Le tout, de façon assez hypocrite, à l’exception du crucifix trônant à l’Assemblée Nationale.

Qu’est-ce que la religion ?

La question peut faire sourire et sembler dérisoire mais elle mérite d’être posée. Une religion, c’est un ensemble de croyances liées soit à des histoires, des miracles, à une force divine ou à des valeurs auxquelles un individu adhère. C’est un ensemble d’opinions par rapport à une multitude de questions, qui demeurent  éminemment intime, et qui peut inclure le port des vêtements religieux. C’est notamment le cas de membre des religions musulmane, juive, sikh et même chrétienne, bien qu’on semble souvent l’oublier.

Interdire le port d’un symbole religieux sur le lieu de travail, c’est interdire l’expression fondamentale des convictions les plus intimes d’un individu. C’est nier ce qu’il est et déclarer ses croyances comme nuisibles à la société toute entière. C’est créer deux classes de citoyens, ceux dont les croyances religieuses les amènent à porter des vêtements religieux précis et ceux qui n’en ressentent pas le besoin.

Une question morale et humaine

La question en cause n’est pas juridique, vu l’intention annoncée de la Première ministre de recourir à la Clause dérogatoire advenant le cas où la mesure serait jugée contraire à la Charte canadienne des droits et libertés. [2] Elle n’est pas politique non plus. C’est une question avant tout humaine que nous devons nous poser face à ce projet.

Notre société s’est bâtie sur la notion de respect des croyances fondamentales des individus. C’est ce qui nous sépare des sociétés barbaresques où la différence de culture, de religion ou d’opinion peut entrainer des répressions violentes, voire la mort. Peu importe ses croyances, une personne doit s’attendre à obtenir la même chance dans la vie que son voisin qui a des convictions fort différentes. Nous avons des buts et valeurs propres à notre personne qui, parfois, entrent en conflit avec ceux des autres et il y a plusieurs idées qui peuvent nous sembler farfelues, stupides, grotesques et ridicules. Le respect des opinions et de la liberté de penser des autres n’est pas qu’une forme d’ouverture d’esprit ou de relativisme culturel, comme certains l’appellent, mais plutôt un principe moral qui va au-delà des différences et respecte les gens pour ce qu’ils sont : des êtres humains uniques, libre de penser ce qu’ils veulent.

Le défi de l’intégration des différentes croyances

Le Québec et, plus largement, le Canada sont des terres d’immigration. À chaque année, des dizaines de milliers de personnes viennent ici chercher un meilleur avenir, souvent pas tant pour eux-mêmes que pour leurs enfants et leur famille. Les différences, notamment quant à la langue parlée, à la religion, aux habitudes culturelles ainsi qu’aux valeurs créent des défis pour notre société et nous emmènent à formuler des solutions pour les traverser.

La solution du Parti Québécois en est une d’intolérance, sans aucun respect pour la notion même d’être humain, qui pénalise les croyances des uns et des autres par l’utilisation du bras de l’État. C’est une solution arbitraire, motivée par la croyance que notre société libre puisse disparaître face à l’arrivée de gens d’autres cultures que la nôtre, qui brime les libertés fondamentales. Certes, il est de notre devoir de combattre l’extrémisme religieux encourageant la violence, mais pas en portant atteinte aux droits de tous. Face à cette proposition, nous devons nous poser la question, est-ce le genre de société que nous voulons ? Désirons-nous vivre dans un  État qui, par peur de l’autre ou par dédain face à des croyances, brime les libertés fondamentales de sa population ? Pour nous, la réponse est claire, c’est non.



[1] http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201308/21/01-4681730-charte-des-valeurs-quebecoises-un-chemin-seme-dembuches.php

[2] http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201308/21/01-4681730-charte-des-valeurs-quebecoises-un-chemin-seme-dembuches.php