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Critique : Les Mouvements du Coeur de l’OSQ

C’est une de mes faiblesses, face à la chose théâtrale ou orchestrale, je suis aisément prenable, telle la France de juin 40, pourvu qu’elle ait lieu devant moi. C’est bête pour un critique. Pourtant, face aux Mouvements du Coeur interprété par l’Orchestre Symphonique de Québec, je fus tel l’Afghanistan: bombardé, mais jamais conquis.

Peut-être vais-je trop vite. Voyez, les Mouvements du Coeur sont le fruit de la collaboration d’un cardiologue et d’un compositeur auxquels le travail, du premier, a inspiré, au second, le projet d’un morceau musical, lui-même inspiré des phases de la vie et surtout, du rythme cardiaque.

Qu’on ne comprenne ou pas que les deux compères en aient eu envie, on ne peut que se demander comment l’OSQ a pu en avoir envie. Aucun talent d’interprétation ne pourrait empêcher la composition du Bellemare de n’être qu’une déplaisante et bruyante cacophonie au rythme inégal qui à défaut de chauffer le cœur, saccage le tympan. Les divers mouvements semblent surtout constitués d’un melting-pot de différentes musiques de films, sans doute fantastiques puisque ces notes, déjà entendues quelque part, ont le pouvoir de ralentir le pouls alors qu’elles voudraient en faire… on ne sait trop quoi de bruyant.

Mais ce qui n’aurait été qu’un mauvais spectacle de fin d’année scolaire devient carrément ridicule de par l’indigence des paroles — poétiques — composée par le Dr Reeves. Ainsi, bienheureux celui qui retient son fou rire alors que le chœur entonne sur des airs épiques les mots « palpiiiiiitatiooooooon » ou « aryyyyyyythmiiiiiiiiiie » — à mauvaise fortune bon cœur. Bien que je ne sois ni docteur ni parolier, je veux bien lui donner ce conseil: à l’avenir, composez votre texte en latin, car comme pour la messe, ça sonne moins con.

Et comment expliquer qu’à la fin du supplice, le public se soit levé afin d’ovationner le couple de malfrats? C’est que ce public ou plutôt cette foule qui attendait les signaux pour taper mécaniquement des mains aurait feint l’extase devant n’importe quoi pourvu qu’on lui affirme doctement qu’il s’agissait « d’Art ». Et puis, les Québécois sont habitués d’être dirigés par des médecins.